Avocat syndic copropriété Paris VIIIe : rôle et recours

Par Richard R. Cohen Droit de la copropriété 9 min de lecture

Dossier : Droit de la copropriété

Le syndic de copropriété : cadre légal et responsabilités

La copropriété reste l'un des terrains contentieux les plus actifs en droit immobilier parisien. Dans le 8e arrondissement, où coexistent immeubles haussmanniens de grand standing et petites structures de quelques lots, les litiges impliquant le syndic représentent une part significative des dossiers que je traite. Le cadre légal est fixé par la loi du 10 juillet 1965, dont les dispositions ont été substantiellement remaniées par l'ordonnance du 30 octobre 2019 et la loi ELAN du 23 novembre 2018.

Le syndic est mandataire du syndicat des copropriétaires. À ce titre, il engage sa responsabilité contractuelle lorsqu'il manque à ses obligations : exécution des décisions d'assemblée générale, tenue des comptes, souscription des assurances obligatoires, conservation des archives, convocation régulière des assemblées. L'article 18 de la loi du 10 juillet 1965 énumère ces missions de façon exhaustive. Un syndic qui omet de poursuivre un débiteur de charges, de faire réaliser des travaux votés ou de souscrire une garantie financière commet une faute susceptible d'engager sa responsabilité civile.

La garantie financière obligatoire s'élève à un montant minimal de 110 000 euros pour les syndics non professionnels gérant un seul immeuble, et doit couvrir l'ensemble des fonds détenus pour le compte des syndicats. Un syndic professionnel doit détenir, pour chaque syndicat, un compte bancaire séparé ouvert au nom du syndicat : l'absence de ce compte constitue en elle-même une faute professionnelle.

La révocation du syndic et le changement de mandat

Contrairement à ce que beaucoup de copropriétaires croient, le syndic ne peut pas être révoqué par simple décision du conseil syndical. La révocation relève de la compétence exclusive de l'assemblée générale, par un vote à la majorité absolue de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Cette majorité correspond à la moitié des voix de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents, pondérées selon les tantièmes.

La procédure exige une convocation régulière : le délai minimal de convocation est de 21 jours avant la tenue de l'assemblée (porté à 21 jours francs par le décret du 17 mars 1967 modifié). Si la résolution portant révocation ne recueille pas la majorité absolue mais obtient au moins le tiers des voix, il est possible de procéder immédiatement à un second vote à la majorité simple de l'article 24. Ce mécanisme dit de la « passerelle » est souvent méconnu et peut débloquer des situations de blocage.

Dans les dossiers que j'instruis, la révocation pour juste motif pose des questions spécifiques. Un syndic révoqué sans juste motif peut réclamer des dommages-intérêts pour le préjudice subi du fait de la rupture anticipée du contrat de mandat. La notion de juste motif recouvre des comportements objectivement vérifiables : absence de tenue des comptes, non-réponse aux demandes du conseil syndical sur plusieurs mois, fautes de gestion caractérisées. La Cour de cassation (3e civ., 16 septembre 2021, pourvoi n° 20-17.694) a rappelé que le juste motif de révocation s'apprécie au regard des manquements du syndic à ses obligations contractuelles, indépendamment de toute faute intentionnelle.

Les recours des copropriétaires contre un syndic défaillant

Action en responsabilité civile

Lorsque le syndic cause un préjudice au syndicat ou à un copropriétaire par sa faute, l'action en responsabilité civile contractuelle se prescrit par cinq ans à compter de la manifestation du dommage (article 2224 du Code civil). Cette action peut être engagée devant le tribunal judiciaire du lieu de l'immeuble, compétent territorialement pour tous les litiges relatifs à la copropriété. À Paris, le tribunal judiciaire siège rue du Château des Rentiers dans le 13e arrondissement, mais pour les immeubles du 8e, le ressort est bien celui du TJ de Paris.

Concrètement : un syndic qui néglige de déclarer un sinistre auprès de l'assureur dans les délais contractuels expose le syndicat à une forclusion. Si le sinistre représente 80 000 euros de dommages et que la forclusion est établie, la responsabilité du syndic peut être engagée à hauteur du préjudice démontré. J'ai eu à traiter ce type de dossier dans des immeubles du 8e où les délais d'alerte à l'assureur n'avaient pas été respectés à la suite d'une dégradation des parties communes.

Mise en demeure et référé

Avant toute action au fond, la mise en demeure adressée au syndic par lettre recommandée avec accusé de réception constitue un préalable utile et parfois suffisant pour débloquer la situation. Si le syndic persiste dans sa carence, la voie du référé-injonction permet d'obtenir du juge, en urgence, qu'il ordonne au syndic de convoquer une assemblée générale ou de remettre des documents comptables. Le référé peut être formé sur le fondement du trouble manifestement illicite (article 835 du Code de procédure civile) dès lors que le refus de communiquer les comptes ou de convoquer une AG constitue une violation caractérisée des obligations légales.

Désignation d'un administrateur provisoire

La situation la plus grave est celle où le syndic est défaillant et où aucune majorité ne peut être réunie pour le révoquer. Le président du tribunal judiciaire, statuant en référé, peut alors désigner un administrateur provisoire chargé de gérer la copropriété et de convoquer une assemblée générale dans un délai qu'il fixe. Cette procédure, prévue à l'article 47 de la loi du 10 juillet 1965, est réservée aux cas de carence caractérisée. Elle suppose de démontrer l'impossibilité de fonctionnement normal de la copropriété.

Syndic bénévole et syndic coopératif : un cadre différent

Dans les petites copropriétés du 8e arrondissement (moins de cinq lots ou budget prévisionnel inférieur à 15 000 euros sur trois exercices consécutifs), le syndicat peut se dispenser de syndic professionnel et opter pour un syndic bénévole ou le régime du syndicat coopératif. Ce régime, issu de l'article 17-1 de la loi du 10 juillet 1965, n'exonère pas le syndic bénévole de ses obligations légales. Sa responsabilité peut être engagée dans les mêmes conditions que celle d'un syndic professionnel, sauf à démontrer l'absence de faute ou la force majeure.

Le contrat de syndic est encadré depuis le décret Alur du 26 mars 2015 (décret n° 2015-342) qui impose un contrat type avec une liste limitative de prestations comprises dans le forfait de gestion courante. Toute prestation hors forfait doit être expressément listée et tarifée. En pratique, j'observe que les honoraires de « gestion de sinistre » ou de « suivi de travaux exceptionnels » sont parfois facturés sans mandat explicite de l'assemblée générale, ce qui constitue un motif de contestation sérieux.

Copropriétés en difficulté : dispositifs de prévention

Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, les copropriétés fragilisées peuvent faire l'objet de mesures préventives ou curatives. Le registre national des copropriétés recense en France environ 745 000 syndicats, dont une fraction significative est identifiée comme fragile sur la base de critères d'impayés de charges supérieurs à 25 % du budget prévisionnel. Le préfet de département peut alors saisir le juge pour désigner un mandataire ad hoc ou un administrateur provisoire.

À Paris, plusieurs copropriétés ont fait l'objet de plans de sauvegarde. Le plan, validé par arrêté préfectoral, fixe des mesures de redressement et peut contraindre les copropriétaires débiteurs à régulariser leurs impayés selon un calendrier précis. La durée maximale d'un plan de sauvegarde est de cinq ans, renouvelable une fois. Ces dispositifs n'exonèrent pas le syndic en place de ses responsabilités, et leur mise en oeuvre suppose une coordination étroite entre le mandataire désigné, le conseil syndical et les services de la préfecture.

Stratégie et démarche pratique

La stratégie que je privilégie consiste à qualifier précisément le manquement du syndic avant d'engager toute procédure : faute contractuelle, violation d'une obligation légale ou règlementaire, préjudice et lien de causalité. Ce travail préalable conditionne le choix de la voie (mise en demeure, référé, action au fond, désignation d'administrateur), le délai raisonnable pour obtenir un résultat et l'évaluation du préjudice indemnisable.

Si vous êtes copropriétaire ou membre d'un conseil syndical confronté à une difficulté avec votre syndic, je vous invite à me décrire la situation précise : nature des manquements constatés, historique des échanges avec le syndic, décisions d'assemblée générale concernées. Une analyse rapide permet souvent de déterminer si un recours amiable suffit ou si une procédure judiciaire s'impose.

Questions fréquentes

Que peut faire un copropriétaire si le syndic ne convoque pas l'assemblée générale ?

Si le syndic refuse ou néglige de convoquer l'assemblée générale, le conseil syndical ou tout copropriétaire peut saisir le président du tribunal judiciaire en référé pour lui enjoindre de procéder à la convocation. À défaut, le juge peut autoriser un ou plusieurs copropriétaires à convoquer eux-mêmes l'assemblée, conformément aux dispositions de la loi du 10 juillet 1965.

Quelle majorité est requise pour révoquer un syndic ?

La révocation du syndic requiert la majorité absolue de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965, soit la moitié des voix de tous les copropriétaires (présents, représentés et absents). Si cette majorité n'est pas atteinte mais qu'au moins le tiers des voix est réuni, il est possible de procéder immédiatement à un second vote à la majorité simple (article 24).

Le syndic peut-il facturer des honoraires non prévus au contrat ?

Non. Depuis le décret n° 2015-342 du 26 mars 2015, le contrat de syndic doit respecter un modèle type qui distingue les prestations comprises dans le forfait de gestion courante et les prestations spécifiques à facturation séparée. Toute prestation hors forfait doit être expressément listée et tarifée dans le contrat. Une facturation non prévue au contrat est contestable devant le tribunal judiciaire.

Qu'est-ce qu'un administrateur provisoire en copropriété ?

L'administrateur provisoire est un mandataire désigné par le président du tribunal judiciaire en référé lorsque le syndic est défaillant et qu'aucune majorité ne peut être réunie pour le révoquer. Il est chargé de gérer la copropriété et de convoquer une assemblée générale dans un délai fixé par le juge. Cette procédure est prévue à l'article 47 de la loi du 10 juillet 1965.

Quelle est la prescription applicable à une action en responsabilité contre un syndic ?

L'action en responsabilité civile contractuelle contre un syndic se prescrit par cinq ans à compter de la manifestation du dommage, conformément à l'article 2224 du Code civil. Ce délai court à partir du moment où le copropriétaire ou le syndicat a eu connaissance - ou aurait dû avoir connaissance - du manquement et du préjudice en résultant.

Dans ce dossier

Cet article fait partie du dossier Droit de la copropriété.

Sur le même sujet

Autres articles de Richard R. Cohen

Appeler Poser ma question