Droit de la copropriété : règles, procédures et recours

Par Richard R. Cohen Droit de la copropriété 13 min de lecture

Dossier : Droit de la copropriété

La copropriété est régie principalement par la loi du 10 juillet 1965 et son décret d'application du 17 mars 1967, complétés par la loi ALUR de 2014, la loi ELAN de 2018 et, plus récemment, la loi Climat et Résilience du 22 août 2021. Ce socle législatif, dense et fréquemment modifié, conditionne chaque étape de la vie d'une copropriété : constitution du syndicat des copropriétaires, désignation du syndic, tenue de l'assemblée générale, répartition des charges, exécution des travaux. Dans les dossiers que je traite à Paris, c'est souvent l'accumulation de petites irrégularités procédurales - une convocation tardive, un ordre du jour incomplet, un procès-verbal notifié hors délai - qui fragilise une décision en apparence solide.

Structure juridique de la copropriété

Tout immeuble soumis au statut de la copropriété repose sur un état descriptif de division, qui découpe le bâtiment en lots de copropriété. Chaque lot comprend une partie privative et une quote-part des parties communes, exprimée en tantièmes. Cette quote-part détermine à la fois le poids du vote en assemblée générale et la contribution aux charges de copropriété.

Le règlement de copropriété fixe la destination de l'immeuble, la répartition des charges générales et des charges spéciales, ainsi que les règles d'usage des parties communes et des parties privatives. Sa modification requiert en principe la double majorité de l'article 26 de la loi du 10 juillet 1965 (majorité des membres du syndicat représentant au moins deux tiers des voix), sauf lorsque l'unanimité est exigée pour toucher à la destination de l'immeuble ou aux droits propres des copropriétaires.

Le carnet d'entretien de l'immeuble et le diagnostic technique global (DTG) constituent des outils de gestion préventive. Depuis la loi ALUR, toute copropriété doit être inscrite au registre des copropriétés (registre national géré par l'ANAH) : cette immatriculation conditionne certaines démarches administratives et l'accès aux aides publiques à la rénovation. Les copropriétés de plus de 200 lots devaient être immatriculées dès 2017 ; celles de moins de 10 lots ont eu jusqu'à fin 2018.

Le syndicat des copropriétaires et ses organes

Le syndicat des copropriétaires est une personne morale de droit privé qui naît de plein droit dès qu'il existe au moins deux lots distincts. Il est représenté légalement par le syndic, qu'il soit syndic professionnel, syndic bénévole ou syndic coopératif. Le syndic professionnel doit détenir une carte professionnelle délivrée par la chambre de commerce, une garantie financière couvrant les fonds détenus pour le compte du syndicat, et une assurance responsabilité civile professionnelle. L'absence de l'une de ces conditions rend le mandat du syndic irrégulier et peut exposer les décisions prises sous son autorité à contestation.

Le conseil syndical assiste et contrôle le syndic. Ses membres, élus en assemblée générale ordinaire, n'ont pas de pouvoir décisionnel propre mais peuvent recevoir délégation pour certains actes de gestion courante, dans les limites fixées par l'assemblée. La révocation du syndic peut intervenir à tout moment par décision d'assemblée générale ; elle n'exige pas de juste motif, mais entraîne en principe le versement d'une indemnité compensatrice si le mandat est résilié avant son terme, sauf faute grave du syndic.

Dans les copropriétés à structure complexe, il est possible de constituer un syndicat secondaire pour gérer une fraction identifiable de l'immeuble, ou de recourir à une organisation en copropriété horizontale lorsque les lots sont des maisons individuelles sur un foncier commun. Ces configurations génèrent des questions spécifiques de répartition des charges et de compétence respective des assemblées, que je rencontre notamment dans les ensembles immobiliers du 8e arrondissement construits dans les années 1960-1970.

Assemblée générale : convocation, vote et procès-verbal

L'assemblée générale ordinaire se tient au moins une fois par an pour approuver les comptes, voter le budget prévisionnel et, le cas échéant, désigner ou renouveler le syndic. L'assemblée générale extraordinaire peut être convoquée à tout moment à la demande du syndic, du conseil syndical ou d'un ou plusieurs copropriétaires représentant au moins un quart des voix du syndicat.

La convocation doit être notifiée à chaque copropriétaire par lettre recommandée avec accusé de réception (ou remise en main propre contre émargement) au moins 21 jours avant la date de réunion, sauf urgence. L'ordre du jour doit être joint à la convocation et être suffisamment précis : une résolution dont l'objet est indéterminé dans la convocation peut être annulée, même si elle a été adoptée à la majorité requise. Chaque copropriétaire peut se faire représenter par un mandataire - personne physique ou morale - sans que la loi limite le nombre de mandats détenus depuis la suppression de cette restriction par la loi ELAN.

La loi ELAN a également introduit le vote par correspondance : tout copropriétaire peut voter par bulletin postal ou dématérialisé avant l'assemblée, à condition que le règlement de copropriété ou l'assemblée aient organisé cette modalité. Ce bulletin est pris en compte pour le calcul du quorum et des majorités. En pratique, je constate que cette faculté est encore sous-utilisée dans les copropriétés parisiennes, souvent par méconnaissance de la procédure.

Les règles de majorité varient selon la nature de la décision. La majorité simple (article 24 de la loi de 1965) suffit pour les actes d'administration courante. La majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 - majorité des voix de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents - s'applique notamment aux travaux affectant les parties communes, à la désignation du syndic et aux délégations de pouvoir au conseil syndical. La double majorité de l'article 26 concerne les modifications du règlement de copropriété et les actes de disposition sur les parties communes. L'unanimité reste exigée pour les décisions les plus graves : suppression d'un équipement collectif essentiel, aliénation des parties communes dans certains cas.

Le procès-verbal d'assemblée doit être notifié à chaque copropriétaire dans un délai d'un mois suivant la tenue de l'assemblée. Ce délai de notification fait courir le délai de contestation.

Charges de copropriété : répartition, provision et recouvrement

Les charges de copropriété se divisent en deux catégories : les charges générales (conservation, entretien et administration des parties communes), réparties entre tous les copropriétaires proportionnellement à leurs tantièmes, et les charges spéciales (services collectifs et éléments d'équipement commun), réparties en fonction de l'utilité que ces services présentent pour chaque lot, indépendamment de leur usage effectif.

Le budget prévisionnel, voté chaque année en assemblée générale ordinaire, détermine le montant des provisions pour charges appelées trimestriellement. À la clôture de l'exercice, une régularisation des charges intervient sur la base des dépenses réelles : si les charges effectives excèdent les provisions, le copropriétaire doit régler le solde ; dans le cas inverse, un avoir ou un remboursement lui est dû. Les charges récupérables sur le locataire (dans les lots loués) obéissent à une liste limitative fixée par le décret du 26 août 1987, distincte du régime de répartition interne à la copropriété.

En cas d'impayé, le syndicat dispose d'un privilège immobilier spécial garanti par l'article 19 de la loi du 10 juillet 1965, portant sur le lot du copropriétaire défaillant et s'étendant à deux années de charges. Ce privilège prime sur la plupart des créanciers chirographaires mais s'articule avec les hypothèques inscrites. Le recouvrement passe généralement par une mise en demeure, puis une injonction de payer devant le tribunal judiciaire, et peut aboutir à une saisie immobilière du lot si la dette dépasse un certain seuil. L'avance de trésorerie, distincte des provisions pour charges, peut être constituée jusqu'à un sixième du budget prévisionnel pour faire face aux dépenses urgentes.

Le fonds de travaux obligatoire, institué par la loi ALUR, concerne les copropriétés de plus de dix lots à usage total ou partiel d'habitation. La cotisation annuelle minimale s'élève à 5 % du budget prévisionnel. Son alimentation doit être votée en assemblée générale et les sommes sont versées sur un compte bancaire séparé ouvert au nom du syndicat. L'absence de constitution du fonds de travaux expose le syndic à une mise en cause, et peut révéler une copropriété fragile dans le sens où l'entend le programme national de prévention mis en place par l'ANAH.

Plan pluriannuel de travaux et rénovation énergétique

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a rendu obligatoire l'élaboration d'un plan pluriannuel de travaux (PPT) pour les copropriétés de plus de quinze ans. Pour les copropriétés de plus de 200 lots, cette obligation s'applique depuis le 1er janvier 2023 ; pour celles de 51 à 200 lots, depuis le 1er janvier 2024 ; pour celles d'au plus 50 lots, à compter du 1er janvier 2025. Le PPT est établi sur la base d'un diagnostic technique global (DTG) et d'un diagnostic de performance énergétique (DPE) collectif. Il identifie les travaux nécessaires sur dix ans et les hiérarchise par priorité.

La rénovation énergétique soulève des questions de majorité qui méritent attention. Les travaux d'économie d'énergie peuvent relever de la majorité de l'article 24 ou de l'article 25 selon leur nature. L'installation de compteurs individuels de chaleur, rendue obligatoire dans certains immeubles à chauffage collectif, a donné lieu à un contentieux nourri sur la qualification de ces équipements - amélioration ou entretien - et sur la majorité requise. Ce débat n'est pas purement académique : une résolution adoptée à la mauvaise majorité est nulle, quelles que soient les voix obtenues.

Contestation d'assemblée générale et contentieux

Toute décision d'assemblée générale peut faire l'objet d'une action en nullité devant le tribunal judiciaire compétent. Le délai est de deux mois à compter de la notification du procès-verbal aux copropriétaires opposants ou défaillants, en application de l'article 42 de la loi du 10 juillet 1965. Ce délai est un délai de forclusion, non susceptible d'interruption : sa méconnaissance rend l'action irrecevable, sans possibilité de régularisation.

Les causes de nullité sont variées : irrégularité de la convocation (délai insuffisant, absence d'un document obligatoire joint à la convocation), violation des règles de majorité, atteinte aux droits propres d'un copropriétaire, décision contraire à l'intérêt collectif de la copropriété ou au règlement de copropriété. La jurisprudence de la Cour de cassation distingue les nullités absolues (invocables par tout intéressé) et les nullités relatives (réservées au copropriétaire directement lésé), ce qui conditionne la recevabilité de l'action.

La procédure de référé permet d'obtenir en urgence la suspension d'une décision ou la désignation d'un administrateur provisoire lorsque la gestion du syndic est gravement défaillante. L'urgence doit être caractérisée par des éléments objectifs, non par la seule conviction du demandeur. La médiation peut constituer une alternative utile, notamment pour les litiges entre copropriétaires portant sur les troubles de jouissance ou les modifications de parties privatives ayant un impact sur les parties communes.

L'action en responsabilité contre le syndic se prescrit par cinq ans en droit commun (prescription quinquennale de l'article 2224 du Code civil), le point de départ étant le jour où le copropriétaire a connu ou aurait dû connaître les faits permettant d'exercer son action. Une faute de gestion révélée lors de l'assemblée générale d'approbation des comptes fait courir ce délai à compter de la tenue de cette assemblée, et non de la commission de la faute.

Les honoraires d'avocat en matière de copropriété varient selon la nature et la complexité du dossier. Pour une contestation de décision d'assemblée générale, la fourchette courante se situe entre 2 500 et 5 000 euros hors taxes selon l'étendue des moyens à développer. Certains contrats d'assurance habitation comportent une garantie de protection juridique couvrant les litiges de copropriété, parfois jusqu'à 15 000 euros de prise en charge : vérifier l'étendue de cette garantie avant d'engager une procédure peut réduire significativement le coût du recours.

Approche pratique

Je traite des dossiers de copropriété depuis 1996, d'abord dans des cabinets parisiens puis au sein de ma propre structure depuis 1999. Ce que je constate dans la plupart des dossiers, c'est que la contestation aurait pu être anticipée : une lecture attentive du procès-verbal de la dernière assemblée, une vérification des conditions de mise en concurrence du syndic, un contrôle des modalités de répartition des charges au regard du règlement de copropriété - ces vérifications élémentaires permettent souvent d'identifier des irrégularités avant qu'elles ne dégénèrent en litige coûteux.

La stratégie que je privilégie, lorsqu'un copropriétaire me consulte après une assemblée générale contestée, consiste d'abord à qualifier précisément le grief : irrégularité formelle (convocation, ordre du jour, notification du procès-verbal) ou irrégularité de fond (violation d'une règle de majorité, atteinte aux droits propres). Cette qualification détermine le régime de nullité applicable, et donc les chances réelles d'aboutir. Agir dans les deux mois reste la contrainte absolue.

Si vous êtes confronté à une difficulté en matière de copropriété - contestation d'une décision d'assemblée, litige avec le syndic, impayés de charges ou désaccord sur des travaux - je vous invite à me décrire précisément votre situation. Une première analyse permet généralement de déterminer si un recours est fondé, dans quel délai il doit être engagé et selon quelle procédure.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour contester une décision d'assemblée générale de copropriété ?

Le délai est de deux mois à compter de la notification du procès-verbal aux copropriétaires opposants ou défaillants, en application de l'article 42 de la loi du 10 juillet 1965. Ce délai est un délai de forclusion : son dépassement rend l'action irrecevable, sans possibilité de régularisation.

Quelle majorité faut-il pour voter des travaux en assemblée générale de copropriété ?

Cela dépend de la nature des travaux. Les actes d'administration courante relèvent de la majorité simple de l'article 24. Les travaux affectant les parties communes nécessitent la majorité de l'article 25 (majorité de tous les copropriétaires, présents ou non). Certaines modifications du règlement de copropriété exigent la double majorité de l'article 26, voire l'unanimité dans les cas les plus graves.

Le fonds de travaux est-il obligatoire dans toutes les copropriétés ?

Non. L'obligation instituée par la loi ALUR s'applique aux copropriétés de plus de dix lots à usage total ou partiel d'habitation. La cotisation annuelle minimale est fixée à 5 % du budget prévisionnel. Les copropriétés de dix lots ou moins en sont dispensées.

Quelles sont les obligations du syndic professionnel en matière d'assurance et de garantie financière ?

Le syndic professionnel doit détenir une carte professionnelle délivrée par la chambre de commerce et d'industrie, une garantie financière couvrant les fonds détenus pour le compte du syndicat des copropriétaires, et une assurance responsabilité civile professionnelle. L'absence de l'une de ces conditions rend le mandat irrégulier.

Comment sont réparties les charges entre copropriétaires ?

Les charges générales (conservation, entretien, administration des parties communes) sont réparties proportionnellement aux tantièmes de chaque lot. Les charges spéciales (services collectifs, équipements communs) sont réparties en fonction de l'utilité que ces services présentent pour chaque lot, indépendamment de leur usage effectif. Le règlement de copropriété fixe ces clés de répartition.

Qu'est-ce que le plan pluriannuel de travaux et à qui s'applique-t-il ?

Le plan pluriannuel de travaux (PPT), rendu obligatoire par la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, identifie et hiérarchise les travaux nécessaires sur dix ans. Il s'applique aux copropriétés de plus de quinze ans : depuis le 1er janvier 2023 pour celles de plus de 200 lots, depuis le 1er janvier 2024 pour celles de 51 à 200 lots, et à compter du 1er janvier 2025 pour celles d'au plus 50 lots.

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