Risques en copropriété : cadre juridique, obligations et prévention

Par Richard R. Cohen Droit de la copropriété 11 min de lecture

Dossier : Droit de la copropriété

D'après le registre national des copropriétés, une copropriété française sur sept environ relève des ensembles « fragiles » ou en difficulté. Près d'un immeuble sur cinq cumule des impayés supérieurs à 25 % du budget prévisionnel. Ces chiffres traduisent une réalité concrète : posséder un lot dans un immeuble collectif, c'est accepter une exposition - financière, juridique, technique. Ce qui protège vraiment la valeur d'un appartement ? Connaître le cadre légal, savoir comment les charges se répartissent, et repérer où intervenir avant que le problème ne s'aggrave.

Une copropriété, c'est quoi au juste ? Le régime juridique qui s'applique dès qu'un immeuble bâti appartient à plusieurs personnes. Chacune possède ses parties privatives - appartement, cave, place de stationnement - et une quote-part indivise des parties communes : hall, toiture, canalisations, escaliers. Exprimée en tantièmes, cette quote-part détermine deux choses à la fois : le poids du vote en assemblée et la part de charges de copropriété que chacun assume.

Le texte fondateur reste la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, complétée par le décret du 17 mars 1967. Deux réformes ont profondément remanié l'édifice. D'abord la loi ALUR du 24 mars 2014, puis la loi ELAN du 23 novembre 2018. On leur doit l'obligation d'immatriculation au registre national, le durcissement des règles sur le fonds de travaux et l'apparition du plan pluriannuel de travaux.

Chaque copropriété repose sur deux documents contractuels. Le règlement de copropriété définit la destination de l'immeuble, les droits et obligations de chacun, et la clé de répartition des charges. L'état descriptif de division, lui, identifie chaque lot de copropriété et lui attribue ses tantièmes. Les modifier n'a rien d'anodin. Cela suppose des majorités qualifiées - parfois même l'unanimité - lors de l'assemblée générale de copropriété.

Charges, budget prévisionnel et répartition : les risques financiers

Le droit distingue deux familles de charges de copropriété. Les charges générales regroupent l'entretien, la conservation et l'administration des parties communes : tous y participent au prorata de leurs tantièmes. Les charges spéciales visent autre chose - les services collectifs et équipements communs comme l'ascenseur ou le chauffage collectif. Là, le calcul suit l'utilité concrète que chaque lot retire du service. Cette logique figure à l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965.

Le budget prévisionnel se vote chaque année en assemblée générale ordinaire. Des appels de fonds trimestriels suivent - les provisions pour charges - réajustés en clôture d'exercice au moment de la régularisation des charges. La loi ALUR a posé une exigence supplémentaire : au-delà de dix lots à usage de logements, un fonds de travaux devient obligatoire. Sa cotisation annuelle reste plancher à 5 % du budget prévisionnel. Pourquoi ? Pour financer les travaux futurs sans devoir déclencher, dans la précipitation, des appels exceptionnels.

Exemple 1. Imaginons une copropriété haussmannienne de 20 appartements dans le 8e arrondissement de Paris. Budget prévisionnel : 80 000 € par an, soit un fonds de travaux d'au moins 4 000 € chaque année. Trois copropriétaires - 15 % des tantièmes - arrêtent de régler leurs provisions. La trésorerie du syndicat se contracte aussitôt. Le syndic se retrouve face à deux options seulement : faire voter une avance de trésorerie en assemblée, ou lancer une procédure de recouvrement.

L'impayé demeure, et de loin, la première cause de fragilité. Dès que la dette grossit, le syndicat des copropriétaires peut saisir le tribunal judiciaire au titre du recouvrement - ou solliciter un référé pour obtenir vite une ordonnance de provision. Attention à ne pas confondre avec les charges récupérables : ce sont celles que le bailleur répercute sur son locataire, d'après une liste fixée par décret.

Gouvernance : syndic, conseil syndical et assemblée générale

La gouvernance repose sur trois organes. Le syndicat des copropriétaires - l'entité juridique qui rassemble tous les propriétaires. Le syndic de copropriété - le mandataire qui exécute les décisions. Le conseil syndical, enfin, élu par les copropriétaires pour exercer un contrôle.

Le syndic peut revêtir trois formes. Professionnel d'abord : il lui faut alors une carte professionnelle, une garantie financière et une assurance responsabilité civile professionnelle. Bénévole ensuite - un copropriétaire que l'on désigne. Coopératif enfin, une forme encadrée par la loi ALUR. Son mandat se renouvelle, mais ne dépasse jamais trois ans. La révocation, quant à elle, se vote en assemblée à la majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 : la majorité des voix de l'ensemble des copropriétaires, qu'ils soient présents ou absents.

L'assemblée générale de copropriété tranche tout. L'assemblée générale ordinaire se tient au moins une fois par an. Une assemblée générale extraordinaire peut, en cas d'urgence, être convoquée à tout moment. La convocation et son ordre du jour doivent atteindre chaque copropriétaire - ou son mandataire - vingt-et-un jours au moins avant la séance. Les majorités, elles, dépendent de la nature de la résolution :

  • Majorité simple (article 24) : gestion courante ;
  • Majorité absolue (article 25) : travaux importants, désignation ou révocation du syndic ;
  • Double majorité (article 26) : certains travaux touchant aux parties communes ou au règlement de copropriété ;
  • Unanimité : actes portant atteinte aux droits de propriété de chaque copropriétaire.

Avec la loi ELAN est apparu le vote par correspondance. Un copropriétaire absent peut maintenant influer sur les votes sans donner mandat à personne. Un détail mérite d'être souligné : le statut de 1965 ignore la notion de quorum. Peu importe le nombre de présents, l'assemblée délibère valablement. Reste le procès-verbal - signé par le président de séance, le secrétaire et les scrutateurs. C'est la pièce maîtresse : il prouve les décisions adoptées et doit être notifié à chacun dans le délai légal.

Exemple 2. Un copropriétaire conteste une résolution. Disons l'attribution d'un marché de rénovation énergétique à une entreprise, sans appel d'offres sérieux. Il dispose de deux mois, à compter de la notification du procès-verbal, pour saisir le tribunal judiciaire d'une action en nullité, sur le fondement de l'article 42 de la loi du 10 juillet 1965. Et après ce délai ? La décision devient inattaquable, fût-elle irrégulière.

Entretien, travaux et obligations techniques

Conserver l'immeuble figure parmi les premières missions du syndicat. Le carnet d'entretien, tenu par le syndic, conserve la mémoire des travaux de copropriété, des contrats de maintenance, des sinistres. Il doit rester à jour. Et lors d'une vente, sa communication à l'acquéreur est obligatoire.

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a fixé une nouvelle contrainte. Les copropriétés de plus de 200 lots, dont le permis de construire est antérieur au 1er janvier 2013, doivent se doter d'un plan pluriannuel de travaux, élaboré à partir d'un diagnostic technique global (DTG). Ce plan trace sur dix ans les opérations nécessaires : sauvegarder le bâti, préserver la santé et la sécurité des occupants, lancer la rénovation énergétique. Il est soumis à l'assemblée générale.

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) collectif s'impose désormais, selon un calendrier progressif, aux copropriétés dont le permis précède le 1er janvier 2013. Plus de 200 lots : échéance au 1er janvier 2024. De 51 à 200 lots : 1er janvier 2025. 50 lots ou moins : 1er janvier 2026. Un classement F ou G se paie cher - dépréciation du patrimoine, puis interdiction de louer certains lots à terme.

L'immatriculation au registre national des copropriétés, placé sous la responsabilité de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), s'impose à toutes les copropriétés depuis 2017. Consultable en ligne, ce registre regroupe les données financières et techniques de chaque syndicat. Son utilité ? Détecter les copropriétés fragiles susceptibles de bénéficier d'un appui public. Dans les vastes ensembles, un syndicat secondaire peut par ailleurs voir le jour pour gérer une portion autonome de l'immeuble.

Litiges, résolution des conflits et prévention

Le contentieux de copropriété prend mille visages. Contestation d'une décision d'assemblée. Action contre un copropriétaire débiteur. Désaccord sur la frontière entre parties privatives et communes. Mise en cause du syndic. Litige sur des travaux bâclés. Chaque dossier réclame une analyse serrée - pour identifier la majorité applicable à la décision attaquée, ou qualifier avec précision la faute reprochée. En pratique, c'est souvent là que la partie se gagne ou se perd.

La médiation propose une voie amiable, que le législateur encourage. Elle évite des procédures qui s'éternisent : devant le tribunal judiciaire, dépasser dix-huit mois en première instance n'a rien d'exceptionnel. Pour certains litiges sous 5 000 €, une conciliation préalable est même imposée - y compris dans des conflits de voisinage nés de la vie en copropriété.

Un arrêt de la troisième chambre civile de la Cour de cassation a réglé une question décisive : une notification irrégulière du procès-verbal d'assemblée ne fait pas courir le délai de deux mois ouvert à l'action en nullité. De quoi protéger le copropriétaire qui n'aurait pas pu contester à temps (Cass. 3e civ., 6 juin 2019, n° 18-14.740).

Côté prévention, quelques réflexes réduisent nettement l'exposition au risque :

  • Contrôler la régularité formelle de chaque convocation et de chaque ordre du jour avant l'assemblée ;
  • Réclamer au syndic le carnet d'entretien et les comptes approuvés ;
  • Vérifier la validité du mandat du syndic : date d'expiration, garantie financière, carte professionnelle à jour ;
  • Doter le fonds de travaux d'un montant cohérent avec le plan pluriannuel de travaux ;
  • Consigner tout incident affectant les parties communes ou privatives, en vue d'une éventuelle action en responsabilité.

Le coût d'un avocat décourage parfois la défense de ses droits. Rappelons un point : l'article 10-1 de la loi du 10 juillet 1965, issu de la loi ALUR, encadre les honoraires de recouvrement que le syndicat peut imputer au copropriétaire défaillant. La partie qui succombe, elle, peut être condamnée aux dépens comme aux frais irrépétibles, au visa de l'article 700 du Code de procédure civile.

Appréhender les risques pour protéger son patrimoine en copropriété

Loi du 10 juillet 1965, loi ALUR, loi ELAN, réglementation énergétique en perpétuel mouvement : le droit de la copropriété est dense, et il exige une vigilance constante. Le premier rempart contre le contentieux tient en trois questions : comment se répartissent les charges, quelles majorités s'imposent en assemblée, dans quels délais une contestation de décision reste recevable. Pour tout le reste - action en nullité, recouvrement, mise en cause d'un syndic, litige sur des travaux -, l'appui d'un avocat spécialisé en droit immobilier aide à anticiper et à défendre ses intérêts. Établi dans le 8e arrondissement de Paris, le Cabinet d'avocats Richard Cohen accompagne copropriétaires, syndicats et syndics sur l'ensemble de ces questions, du conseil préventif jusqu'au contentieux.

Questions fréquentes

Quelles sont les principales sources de risques financiers en copropriété ?

Les principaux risques financiers en copropriété proviennent des impayés de charges de copropriété, de l'insuffisance du fonds de travaux, d'un budget prévisionnel sous-estimé et d'une avance de trésorerie insuffisante pour faire face aux dépenses urgentes. L'article 10 de la loi du 10 juillet 1965 définit les règles de répartition entre charges générales et charges spéciales.

Dans quel délai peut-on contester une décision d'assemblée générale de copropriété ?

Tout copropriétaire opposant ou défaillant dispose d'un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal d'assemblée pour exercer une action en nullité devant le tribunal judiciaire, conformément à l'article 42 de la loi du 10 juillet 1965. Ce délai ne court pas si la notification est irrégulière.

Le fonds de travaux est-il obligatoire pour toutes les copropriétés ?

Oui, depuis la loi ALUR, les syndicats de copropriétaires d'immeubles à destination partielle ou totale d'habitation comportant plus de dix lots doivent constituer un fonds de travaux. La cotisation annuelle obligatoire est au minimum de 5 % du budget prévisionnel. Ce fonds finance les travaux programmés dans le plan pluriannuel de travaux.

Quelles sont les obligations du syndic professionnel ?

Le syndic professionnel doit être titulaire d'une carte professionnelle délivrée par la chambre de commerce et d'industrie, justifier d'une garantie financière couvrant les fonds détenus pour le compte du syndicat, et être assuré au titre de la responsabilité civile professionnelle. Son mandat, renouvelable, ne peut excéder trois ans. Il peut être révoqué par l'assemblée générale à la majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965.

Qu'est-ce que l'immatriculation d'une copropriété et pourquoi est-elle obligatoire ?

L'immatriculation est l'inscription de la copropriété au registre national des copropriétés géré par l'ANAH, instaurée par la loi ALUR et obligatoire depuis 2017 pour tous les syndicats de copropriétaires. Elle recense les données financières et techniques de chaque immeuble et permet d'identifier les copropriétés fragiles éligibles à des aides publiques. L'absence d'immatriculation peut entraîner la suspension des aides et subventions.

Comment se répartissent les charges entre copropriétaires ?

Les charges générales (administration, entretien et conservation des parties communes) sont réparties proportionnellement aux tantièmes détenus par chaque copropriétaire dans son lot de copropriété. Les charges spéciales (services collectifs, équipements communs) sont réparties en fonction de l'utilité que chaque lot retire objectivement de ces services, selon les dispositions de l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965.

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