Passoire thermique en copropriété : cadre juridique applicable
Dossier : Droit de la copropriété
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Définition et enjeux dans le contexte de la copropriété
Une passoire thermique désigne un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE), soit une consommation d'énergie primaire supérieure à 330 kWh/m²/an. En France, environ 5,2 millions de logements relèvent de ces étiquettes, dont une part significative se trouve dans des immeubles soumis au statut de la copropriété régi par la loi du 10 juillet 1965. La rénovation énergétique de ces bâtiments soulève des questions spécifiques, car les décisions ne peuvent être prises ni par un seul copropriétaire ni par le syndic de copropriété de manière autonome : elles appartiennent au syndicat des copropriétaires, réuni en assemblée générale.
La distinction entre parties communes et parties privatives est déterminante. L'isolation de la toiture, des façades ou des planchers bas relève des parties communes, donc de la compétence collective. En revanche, le remplacement d'une chaudière individuelle ou l'isolation par l'intérieur d'une cloison séparative peut concerner le lot de copropriété de chaque propriétaire. Cette frontière, fixée par le règlement de copropriété et précisée par l'état descriptif de division, conditionne la procédure de vote applicable.
Obligations légales issues de la loi Climat et Résilience de 2021
La loi du 22 août 2021 dite « Climat et Résilience » a profondément modifié le calendrier des interdictions de mise en location pour les passoires thermiques. À compter du 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus faire l'objet d'un nouveau bail d'habitation. Les logements classés F seront concernés à partir du 1er janvier 2028. Ces interdictions s'appliquent aux lots de copropriété à usage d'habitation, qu'ils constituent des parties privatives données en location par leur propriétaire.
Pour les copropriétés, deux obligations nouvelles méritent une attention particulière :
- Le plan pluriannuel de travaux (PPT), rendu obligatoire par la loi ELAN du 23 novembre 2018 et précisé par la loi Climat et Résilience, doit être élaboré pour toute copropriété dont l'immeuble a plus de quinze ans. Ce plan porte sur une période de dix ans et doit inclure les travaux de rénovation énergétique nécessaires.
- Le diagnostic technique global (DTG), prévu à l'article 58 de la loi du 10 juillet 1965 issu de la loi ALUR, analyse l'état général de l'immeuble et évalue les travaux à envisager, dont ceux relatifs à l'enveloppe thermique du bâtiment.
Le PPT doit être soumis au vote de l'assemblée générale ordinaire. Si le syndicat des copropriétaires décide de ne pas adopter tout ou partie du plan, cette décision doit elle-même être actée dans le procès-verbal de séance.
Le rôle du syndic et du conseil syndical
Le syndic de copropriété - qu'il soit syndic professionnel titulaire d'une carte professionnelle, syndic bénévole ou syndic coopératif - est chargé d'inscrire à l'ordre du jour de l'assemblée générale les questions relatives à la rénovation énergétique dès lors qu'elles lui sont soumises par le conseil syndical ou par des copropriétaires représentant au moins un quart des tantièmes (en application de l'article 8 du décret du 17 mars 1967). La convocation doit être adressée au moins vingt et un jours avant la tenue de l'assemblée, avec les documents nécessaires à la compréhension du projet.
Dans les dossiers de rénovation énergétique, le conseil syndical joue souvent un rôle décisif en amont : il sollicite les devis, analyse le DTG ou le PPT, et prépare les résolutions. Le mandat du syndic l'oblige à veiller à l'immatriculation de la copropriété au registre des copropriétés (registre national géré par l'ANAH) et à la mise à jour du carnet d'entretien, qui doit mentionner les travaux d'amélioration énergétique réalisés.
Le fonds de travaux : dotation et affectation
Depuis le 1er janvier 2017, toute copropriété de plus de dix lots à usage de logement, de bureaux ou de commerces est tenue de constituer un fonds de travaux, conformément à l'article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965. La cotisation annuelle obligatoire au fonds de travaux ne peut être inférieure à 5 % du budget prévisionnel de la copropriété. Cette provision pour charges spécifique est affectée au compte bancaire séparé du syndicat et ne peut être restituée au copropriétaire lors de la vente de son lot : la quote-part du fonds de travaux est transmise à l'acquéreur.
Le fonds de travaux peut financer les travaux de rénovation énergétique votés en assemblée générale, à condition que le vote soit régulier. L'assemblée peut décider d'un appel de fonds exceptionnel complémentaire si le montant accumulé est insuffisant. Les copropriétaires acquittent ces sommes au prorata de leurs tantièmes, selon la répartition des charges applicable aux charges générales ou aux charges spéciales selon la nature des travaux.
Modalités de vote en assemblée générale pour les travaux de rénovation
Le régime de majorité applicable aux travaux de rénovation énergétique dépend de leur nature :
- Les travaux d'entretien courant et de maintien en l'état (ravalement, réfection de toiture simple) sont votés à la majorité simple de l'article 24 de la loi du 10 juillet 1965.
- Les travaux d'amélioration ou de transformation touchant les parties communes - isolation thermique par l'extérieur, remplacement du système de chauffage collectif, installation de panneaux solaires en toiture - requièrent la majorité absolue de l'article 25, soit la majorité des voix de tous les copropriétaires (présents, représentés ou absents).
- À défaut d'atteindre cette majorité mais si le projet recueille au moins un tiers des voix, l'assemblée peut immédiatement procéder à un second vote à la majorité de l'article 24 (mécanisme dit de « passerelle »).
- Les travaux comportant une modification de la quote-part des parties communes ou une atteinte à la destination de l'immeuble exigent l'unanimité.
Depuis la loi ELAN, le vote par correspondance est admis pour les assemblées générales de copropriété. Tout copropriétaire peut aussi se faire représenter par un mandataire, à condition de respecter les règles de limitation du nombre de mandats. Ces possibilités élargissent la participation aux votes portant sur la rénovation énergétique, parfois difficiles à obtenir dans les grandes copropriétés.
Prenons un exemple concret : une copropriété de 40 lots situés dans un immeuble haussmannien classé F au DPE collectif. L'assemblée générale extraordinaire convoquée pour voter l'isolation thermique par l'extérieur (ITE) doit recueillir la majorité absolue (article 25). Si 22 copropriétaires sur 40 votent favorablement mais que leurs tantièmes représentent moins de 50 % des voix totales, la résolution est rejetée, sauf recours à la passerelle immédiate vers l'article 24.
Financement et aides disponibles pour le syndicat
Le syndicat des copropriétaires peut bénéficier des aides MaPrimeRénov' Copropriétés pour les travaux de rénovation énergétique des parties communes, à condition que le gain énergétique atteigne au moins 35 % par rapport à la consommation initiale. Pour l'année 2024, le montant de l'aide peut atteindre 25 % du montant des travaux, plafonné à 15 000 euros par lot. Ces aides sont instruites par l'ANAH et nécessitent l'intervention d'un assistant à maîtrise d'ouvrage (AMO) agréé.
La régularisation des charges liées aux travaux s'effectue après présentation des dépenses réelles au regard des provisions pour charges appelées. Les copropriétaires en situation de copropriété fragile peuvent, dans certains cas, bénéficier d'un étalement des appels de fonds, selon les modalités fixées par le conseil syndical et votées en assemblée.
Second exemple : une copropriété horizontale de maisons individuelles groupées, immatriculée au registre des copropriétés, dont les parties communes comprennent les réseaux de chauffage collectif. Le remplacement de la chaudière collective par une pompe à chaleur air-eau relève d'un vote en assemblée générale avec majorité de l'article 25. L'avance de trésorerie mobilisée par le syndic ne peut être utilisée pour financer ces travaux sans autorisation de l'assemblée.
Contentieux et recours en cas de blocage
Lorsque l'assemblée générale refuse de voter les travaux de mise aux normes énergétiques alors que l'immeuble est classé F ou G, un copropriétaire lésé - notamment un bailleur confronté à l'interdiction de louer - peut engager une action en nullité de la décision ou saisir le tribunal judiciaire en référé pour obtenir des mesures conservatoires. La contestation de décision doit être formée dans le délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal, conformément à l'article 42 de la loi du 10 juillet 1965.
La médiation peut être tentée préalablement, mais elle n'est pas obligatoire en matière de copropriété sauf clause contractuelle contraire. Les honoraires d'avocat engagés dans ce type de procédure ne sont pas récupérables sur la partie adverse au titre de l'article 700 du Code de procédure civile sauf décision favorable du juge. Le tribunal judiciaire peut, dans les cas les plus graves, désigner un administrateur provisoire pour palier la carence du syndicat ou du syndic.
Le Cabinet d'avocats Richard Cohen, installé à Paris 8e et fort de plus de 30 ans de pratique en droit de la copropriété et en droit de la construction, traite régulièrement des dossiers mêlant rénovation énergétique, contentieux d'assemblée et responsabilité du syndic professionnel.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une passoire thermique en copropriété ?
Une passoire thermique est un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique, c'est-à-dire dont la consommation d'énergie primaire dépasse 330 kWh/m²/an. En copropriété, cette qualification peut concerner un lot privatif ou l'immeuble collectif dans son ensemble, selon le DPE individuel ou le DPE collectif réalisé.
Qui décide des travaux de rénovation énergétique en copropriété ?
Les travaux portant sur les parties communes relèvent de la compétence exclusive de l'assemblée générale des copropriétaires. Le syndic inscrit les résolutions à l'ordre du jour, et le vote se déroule selon les règles de majorité de la loi du 10 juillet 1965 (article 24, 25 ou unanimité selon la nature des travaux).
Le fonds de travaux peut-il financer la rénovation énergétique ?
Oui. Le fonds de travaux, obligatoire depuis 2017 pour les copropriétés de plus de dix lots en application de l'article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965, peut être affecté aux travaux de rénovation énergétique votés en assemblée générale. La cotisation annuelle minimale est fixée à 5 % du budget prévisionnel.
Quelles aides financières le syndicat des copropriétaires peut-il solliciter ?
Le syndicat des copropriétaires peut bénéficier de MaPrimeRénov' Copropriétés sous condition d'un gain énergétique d'au moins 35 %. Pour 2024, l'aide peut représenter jusqu'à 25 % du montant des travaux, plafonnée à 15 000 euros par lot, sous réserve de l'intervention d'un AMO agréé et de l'instruction par l'ANAH.
Un copropriétaire peut-il contester le refus de voter des travaux de rénovation ?
Un copropriétaire peut contester une décision d'assemblée générale dans un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal, conformément à l'article 42 de la loi du 10 juillet 1965. En cas d'urgence, une saisine en référé du tribunal judiciaire est envisageable.
À quelle majorité les travaux d'isolation thermique par l'extérieur sont-ils votés ?
L'isolation thermique par l'extérieur (ITE) constitue une amélioration des parties communes et requiert la majorité absolue de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965, soit la majorité des voix de l'ensemble des copropriétaires (présents, représentés et absents). Si le projet recueille au moins un tiers des voix sans atteindre cette majorité, un second vote à la majorité de l'article 24 peut être organisé immédiatement.
Dans ce dossier
Cet article fait partie du dossier Droit de la copropriété.
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