Gestion administrative en copropriété : cadre juridique applicable

Par Richard R. Cohen Droit de la copropriété 12 min de lecture

Dossier : Droit de la copropriété

Gestion administrative en copropriété : cadre juridique applicable

La gestion administrative d'une copropriété repose sur un ensemble de règles précises, issues principalement de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis et de son décret d'application du 17 mars 1967. Ce cadre juridique détermine les attributions de chaque acteur, les procédures de décision, la répartition financière, et les voies de recours ouvertes aux copropriétaires. Il s'applique à tout immeuble bâti dont la propriété est répartie entre plusieurs titulaires disposant chacun d'un lot de copropriété composé d'une partie privative et d'une quote-part des parties communes.

Les acteurs de la gestion administrative

Le syndicat des copropriétaires constitue la personne morale de droit privé regroupant l'ensemble des copropriétaires. Il est représenté légalement par le syndic de copropriété, dont le mandat est encadré par l'article 18 de la loi du 10 juillet 1965 : il assure la conservation de l'immeuble, l'exécution des décisions de l'assemblée générale, la gestion des comptes du syndicat et la souscription des assurances obligatoires. Le syndic peut être professionnel - auquel cas il est soumis à la loi Hoguet du 2 janvier 1970 et doit détenir une carte professionnelle - ou non professionnel (syndic bénévole ou coopératif).

Le conseil syndical assiste et contrôle le syndic. Sa composition est fixée par le règlement de copropriété ou décidée en assemblée générale. Ses membres sont élus parmi les copropriétaires. La loi du 10 juillet 1965 prévoit à son article 21 que le conseil syndical peut obtenir communication de toutes pièces ou documents relatifs à la gestion du syndic. Depuis la loi ELAN du 23 novembre 2018, les copropriétés de plus de 15 lots à usage de logement, de bureau ou de commerce ont l'obligation d'élire un conseil syndical - sauf décision contraire prise à l'unanimité.

L'assemblée générale des copropriétaires est l'organe souverain : elle vote le budget prévisionnel, approuve les comptes, désigne le syndic, et statue sur les travaux en copropriété. Elle se réunit au moins une fois par an (assemblée générale ordinaire). Une assemblée générale extraordinaire peut être convoquée à tout moment à la demande du syndic, du conseil syndical, ou de copropriétaires représentant au moins un quart des tantièmes.

La convocation et l'ordre du jour

La convocation à l'assemblée générale doit être adressée à chaque copropriétaire par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par voie électronique si le copropriétaire y a expressément consenti. Le délai minimal de convocation est de 21 jours avant la date de réunion, sauf urgence. Elle doit obligatoirement comporter un ordre du jour précis : toute question non inscrite à l'ordre du jour ne peut en principe faire l'objet d'un vote valide. Les documents contractuels et financiers soumis au vote - projet de contrat de syndic, état financier, devis de travaux - doivent être annexés à la convocation.

À l'issue de la réunion, un procès-verbal est établi par le syndic et signé par le président de séance et par les scrutateurs. Ce document consigne chaque résolution votée, le résultat des votes et, le cas échéant, les réserves des opposants. Le procès-verbal doit être notifié aux copropriétaires absents ou opposants dans un délai de deux mois - délai qui déclenche le point de départ du délai de recours pour la contestation de décision.

Les règles de majorité

Les règles de majorité sont définies aux articles 24 à 26 de la loi du 10 juillet 1965. Trois seuils principaux structurent les décisions :

  • Majorité simple (article 24) : majorité des voix des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance. Elle s'applique aux décisions courantes de gestion - approbation des comptes, vote du budget, petits travaux d'entretien.
  • Majorité absolue (article 25) : majorité des voix de tous les copropriétaires (présents ou non). Concerne notamment la désignation du syndic, l'autorisation de travaux affectant les parties communes, la délégation de pouvoir au conseil syndical.
  • Double majorité (article 26) : majorité en nombre des copropriétaires représentant au moins les deux tiers des tantièmes. Requise pour les décisions les plus lourdes - modification du règlement de copropriété sur la jouissance des parties communes, suppression ou aliénation de parties communes.
  • Unanimité : exigée pour les décisions qui touchent aux droits individuels des copropriétaires sur leurs parties privatives ou modifient la destination de l'immeuble.

La loi ELAN a introduit un mécanisme d'adoption à la majorité de l'article 25 lors d'un second vote, si la résolution a recueilli au premier vote au moins un tiers des voix de tous les copropriétaires - ce qu'on appelle couramment la « passerelle de l'article 25-1 ».

La répartition des charges

Les charges de copropriété se répartissent en deux catégories. Les charges générales - conservation, entretien et administration des parties communes - sont supportées par tous les copropriétaires proportionnellement à leur quote-part dans les parties communes, exprimée en tantièmes. Les charges spéciales correspondent aux services collectifs ou équipements communs (ascenseur, chauffage collectif, interphone) : elles sont réparties en fonction de l'utilité objective de chaque service pour chaque lot de copropriété, selon les modalités fixées par le règlement de copropriété.

Le budget prévisionnel est voté annuellement par l'assemblée générale. Les copropriétaires versent des provisions pour charges trimestrielles égales au quart du budget voté, sauf décision de l'assemblée générale fixant d'autres modalités. Selon les données publiées par l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), le montant moyen des charges de copropriété s'élevait à environ 45 euros par mètre carré et par an dans les grandes agglomérations françaises - un chiffre qui varie sensiblement selon la vétusté de l'immeuble et la nature des équipements collectifs.

Lorsqu'un copropriétaire cesse de payer ses provisions, le syndicat dispose d'une procédure d'injonction de payer, et peut saisir le juge en référé. La loi du 10 juillet 1965 organise également un privilège spécial immobilier au bénéfice du syndicat sur le lot du débiteur, permettant de garantir le recouvrement des charges impayées - mécanisme souvent négligé en pratique mais dont l'efficacité est réelle, notamment lors de la vente du bien.

Le fonds de travaux et le plan pluriannuel

Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, les copropriétés de plus de dix lots à usage de logement ou à usage mixte sont tenues de constituer un fonds de travaux. La cotisation annuelle obligatoire ne peut être inférieure à 5 % du montant du budget prévisionnel. Ce fonds est affecté au financement des dépenses de travaux non comprises dans le budget prévisionnel courant.

La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a introduit - et la loi du 10 juillet 1965 a intégré depuis lors - l'obligation d'élaborer un plan pluriannuel de travaux (PPT) pour les copropriétés de plus de quinze ans. Ce plan, fondé sur un diagnostic technique global (DTG), dresse pour dix ans la liste des travaux nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble, à la préservation de la santé et de la sécurité des occupants, et à la réalisation d'économies d'énergie. Son adoption en assemblée générale est obligatoire ; à défaut, la responsabilité du syndic peut être engagée. Les copropriétés de plus de 200 lots devaient disposer d'un PPT adopté avant le 1er janvier 2023 ; celles de 51 à 200 lots, avant le 1er janvier 2024 ; les autres, avant le 1er janvier 2025.

L'immatriculation au registre des copropriétés

Depuis le 1er janvier 2017 pour les grandes copropriétés et progressivement étendue, l'immatriculation au registre des copropriétés est obligatoire pour toute copropriété. Ce registre, géré par l'ANAH, recense les données techniques et financières de chaque syndicat. Le syndic est responsable de la mise à jour annuelle des données. Le défaut d'immatriculation ou de mise à jour peut bloquer l'accès à certaines subventions publiques et pénaliser le syndicat lors de la vente d'un lot - le notaire étant tenu de vérifier la situation du syndicat avant signature. Au 1er janvier 2024, plus de 780 000 copropriétés étaient immatriculées sur le registre national.

Contestation des décisions d'assemblée générale

Tout copropriétaire opposant ou défaillant peut introduire une action en nullité contre une décision de l'assemblée générale dans un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal - délai préfix, non susceptible de suspension. Les copropriétaires absents non représentés disposent du même délai, mais leur point de départ est la date à laquelle le procès-verbal leur a été notifié.

La Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt de sa troisième chambre civile, que le dépassement de ce délai rend la demande irrecevable, même si la décision contestée est entachée d'une irrégularité manifeste. La voie du référé reste ouverte pour les mesures d'urgence - notamment pour obtenir la suspension provisoire d'une décision ou contraindre un syndic défaillant à agir - mais elle ne suspend pas en elle-même le délai de recours au fond.

Depuis la loi du 18 novembre 2016 et son décret d'application, la médiation est encouragée préalablement à toute action judiciaire en matière de copropriété. Elle n'est pas obligatoire sauf si le règlement de copropriété le prévoit expressément, mais elle peut permettre de résoudre un différend sur la répartition des charges ou la validité d'une résolution sans les délais et coûts d'une procédure contentieuse.

Dans les dossiers de copropriété traités en pratique, les contestations portent fréquemment sur des vices de convocation - délai non respecté, ordre du jour incomplet - ou sur l'application des règles de majorité. La distinction entre majorité absolue et double majorité est souvent source d'erreur, notamment pour les décisions relatives aux travaux affectant les parties communes.

Le règlement de copropriété comme socle administratif

Le règlement de copropriété est l'acte fondateur de toute copropriété : il définit la destination de l'immeuble, détermine les parties privatives et les parties communes, fixe les règles de jouissance et précise la répartition des charges. Établi par acte notarié et publié à la conservation des hypothèques (désormais service de publicité foncière), il s'impose à tous les copropriétaires actuels et futurs. Sa modification requiert, selon l'objet, la majorité de l'article 26 (double majorité) ou l'unanimité.

Un règlement ancien - antérieur aux réformes successives de 1994, 2000, 2014 et 2021 - peut contenir des clauses devenues illicites au regard du droit en vigueur, notamment en matière de répartition des charges spéciales. L'article 10 de la loi du 10 juillet 1965 prévoit que toute clause répartissant les charges de manière contraire aux critères légaux est réputée non écrite - ce qui ouvre droit à une révision judiciaire, sans qu'il soit nécessaire de modifier formellement le règlement en assemblée générale.


Le Cabinet d'avocats Richard Cohen, dont l'activité en droit immobilier et en copropriété porte notamment sur la révision des règlements de copropriété, l'assistance aux syndicats et copropriétaires devant les juridictions parisiennes, et le conseil en matière de travaux et de charges, intervient sur l'ensemble de ces problématiques. La pratique régulière des assemblées générales contestées, des référés en copropriété et des litiges liés au recouvrement de charges permet d'aborder ces dossiers avec les repères procéduraux qu'ils exigent.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour contester une décision d'assemblée générale de copropriété ?

Le délai est de deux mois à compter de la notification du procès-verbal à chaque copropriétaire opposant ou défaillant. Ce délai est préfix : passé ce terme, l'action en nullité est irrecevable, quelle que soit l'irrégularité invoquée.

Quelle est la différence entre charges générales et charges spéciales en copropriété ?

Les charges générales couvrent la conservation, l'entretien et l'administration des parties communes ; elles sont réparties selon les tantièmes de chaque lot. Les charges spéciales correspondent aux services collectifs (ascenseur, chauffage) et sont réparties en fonction de l'utilité objective de chaque service pour chaque lot, selon les critères fixés par l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965.

Le conseil syndical est-il obligatoire dans toutes les copropriétés ?

Depuis la loi ELAN de 2018, les copropriétés de plus de 15 lots à usage de logement, de bureau ou de commerce sont tenues d'élire un conseil syndical, sauf si l'assemblée générale décide à l'unanimité de ne pas en constituer un.

Qu'est-ce que le fonds de travaux et quel est son montant minimal obligatoire ?

Le fonds de travaux est une réserve financière obligatoire pour les copropriétés de plus de dix lots, instituée par la loi ALUR de 2014. La cotisation annuelle ne peut être inférieure à 5 % du budget prévisionnel voté. Il finance les dépenses de travaux non comprises dans le budget courant.

Quelles décisions requièrent l'unanimité en assemblée générale de copropriété ?

L'unanimité est exigée pour les décisions qui portent atteinte aux droits individuels des copropriétaires sur leurs parties privatives ou qui modifient la destination de l'immeuble. Elle est également requise pour certaines aliénations de parties communes affectant les droits accessoires de chaque copropriétaire.

Le plan pluriannuel de travaux est-il obligatoire pour toutes les copropriétés ?

Il est obligatoire pour les copropriétés de plus de quinze ans, avec des échéances d'adoption échelonnées selon la taille : avant le 1er janvier 2023 pour les copropriétés de plus de 200 lots, avant le 1er janvier 2024 pour celles de 51 à 200 lots, et avant le 1er janvier 2025 pour les autres. Il repose sur un diagnostic technique global (DTG) et couvre dix ans de travaux nécessaires.

Comment fonctionne la convocation à l'assemblée générale de copropriété ?

La convocation doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par voie électronique avec le consentement exprès du copropriétaire, au moins 21 jours avant la réunion. Elle doit comporter l'ordre du jour et les documents soumis au vote. Toute résolution portant sur une question absente de l'ordre du jour est en principe nulle.

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