Travaux en copropriété : vote, contestation et financement

Par Richard R. Cohen Droit de la copropriété 12 min de lecture

Dossier : Droit de la copropriété

La loi du 10 juillet 1965 organise le régime des travaux en copropriété autour d'un triptyque : le type de travaux détermine la majorité requise, la majorité conditionne la validité de la décision, et toute irrégularité ouvre un droit de contestation encadré dans des délais stricts. Dans les dossiers que je traite à Paris, les litiges naissent le plus souvent d'une confusion entre ces seuils de majorité ou d'une convocation mal rédigée - deux erreurs qui peuvent remettre en cause l'ensemble d'une procédure.

Les régimes de majorité selon la nature des travaux

La loi du 10 juillet 1965 distingue trois seuils principaux. Les travaux d'entretien courant des parties communes - nettoyage, révision annuelle de chaudière collective, remplacement de minuteries - relèvent de la majorité simple de l'article 24 de la loi du 10 juillet 1965 : majorité des voix exprimées des copropriétaires présents ou représentés. Ce seuil s'applique aussi au vote du budget prévisionnel annuel, qui couvre les dépenses de gestion courante du syndicat des copropriétaires.

Les travaux d'amélioration ou de transformation nécessitent la majorité absolue de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 : majorité des voix de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents. Sont visés le ravalement de façade, l'installation d'un ascenseur, la réfection complète de la toiture ou la mise en place d'un système de contrôle d'accès. Lorsque l'assemblée générale n'atteint pas ce seuil mais réunit au moins un tiers des voix de tous les copropriétaires, elle peut procéder immédiatement à un second vote à la majorité de l'article 24 : c'est le mécanisme de la passerelle prévu à l'article 25-1. Selon les données du ministère du Logement, environ 65 % des assemblées générales échouent à réunir la majorité absolue au premier vote sur des travaux de cette nature.

La double majorité de l'article 26 de la loi du 10 juillet 1965 - majorité des membres du syndicat représentant au moins les deux tiers des tantièmes - s'impose pour les modifications substantielles de l'immeuble : surélévation, aliénation de parties communes, transformation d'un local en logement. L'unanimité reste réservée aux décisions les plus attentatoires aux droits privatifs de chaque copropriétaire sur son lot de copropriété.

Travaux de rénovation énergétique : un régime dérogatoire

La loi ALUR de 2014, renforcée par la loi ELAN de 2018, a profondément modifié le traitement des travaux de rénovation énergétique. L'installation d'une isolation thermique par l'extérieur, le remplacement d'un système de chauffage collectif ou la mise en place d'équipements de production d'énergie renouvelable peuvent être votés à la majorité de l'article 25, même s'ils modifient l'aspect extérieur de l'immeuble. Le diagnostic de performance énergétique (DPE) collectif, rendu obligatoire pour les copropriétés de plus de 200 lots à compter du 1er janvier 2024, sert désormais de base au plan pluriannuel de travaux (PPT), lui-même issu du diagnostic technique global (DTG). Le PPT doit être soumis au vote de l'assemblée générale et actualisé tous les dix ans : son adoption est obligatoire pour les copropriétés de plus de quinze ans.

Le fonds de travaux, rendu obligatoire par la loi ALUR pour les syndicats de plus de dix lots, est alimenté par une cotisation annuelle minimale de 5 % du budget prévisionnel. Il constitue une avance de trésorerie structurelle destinée à financer les dépenses prévues au PPT sans recours systématique à des appels de fonds exceptionnels.

Convocation, ordre du jour et régularité formelle

La validité d'un vote sur des travaux tient d'abord à la régularité de la convocation. Le syndic professionnel ou le syndic bénévole doit adresser la convocation par lettre recommandée avec accusé de réception (ou remise en main propre contre émargement) au moins 21 jours avant la date de l'assemblée générale ordinaire ou de l'assemblée générale extraordinaire. Le délai peut être réduit en cas d'urgence avérée, sous réserve que le mandataire justifie des circonstances.

L'ordre du jour doit mentionner les travaux envisagés avec une précision suffisante pour que chaque copropriétaire puisse se déterminer. Un intitulé tel que « travaux divers » ne satisfait pas à cette exigence. Les devis doivent être joints à la convocation dès lors que leur montant dépasse le seuil fixé par le décret du 17 mars 1967 - actuellement 15 000 euros hors taxes pour un marché de travaux. Le conseil syndical est consulté préalablement sur tout projet de contrat ou marché dépassant ce montant, conformément à l'article 21 de la loi du 10 juillet 1965.

Le vote par correspondance, introduit par la loi ELAN, permet à tout copropriétaire de voter avant l'assemblée via un formulaire joint à la convocation. Les voix ainsi exprimées sont prises en compte dans le calcul du quorum et des majorités. Cette modalité a sensiblement modifié la dynamique des assemblées générales parisiennes, où le taux de présence physique était souvent inférieur à 40 % des tantièmes.

Contestation des décisions : délais et motifs

Tout copropriétaire opposant ou défaillant dispose de deux mois à compter de la notification du procès-verbal par le syndic pour saisir le tribunal judiciaire d'une action en nullité. Ce délai de forclusion s'applique aux copropriétaires absents dès réception du PV en recommandé, sans qu'il soit nécessaire qu'ils aient voté contre. Le syndicat des copropriétaires dispose du même délai pour contester une décision adopter contre l'intérêt collectif.

Les motifs de contestation les plus fréquents dans les dossiers que je traite sont : vice de majorité (vote à l'article 24 pour des travaux relevant de l'article 25), irrégularité de la convocation (délai insuffisant, ordre du jour imprécis, devis absent), atteinte aux parties privatives d'un copropriétaire sans son accord, ou non-respect des règles d'immatriculation au registre des copropriétés lorsque ce défaut conditionne la validité d'un financement public.

La jurisprudence distingue nullité relative - soumise au délai de deux mois et réservée aux copropriétaires lésés - et nullité absolue, invocable par tout intéressé sans condition de délai lorsque la décision méconnaît une règle d'ordre public. Une décision autorisant des travaux contraires aux règles d'urbanisme ou supprimant un droit réel attaché à un lot relève en principe de la nullité absolue.

Référé et mesures conservatoires

Lorsque les travaux ont déjà commencé ou sont imminents, le référé permet d'obtenir leur suspension en urgence. Le demandeur doit établir l'existence d'un trouble manifestement illicite (vice de majorité caractérisé, violation du règlement de copropriété, atteinte à des éléments protégés au titre des monuments historiques) et l'urgence de la mesure. Une ordonnance de référé peut être obtenue en quelques jours, avant même l'introduction de l'action au fond. La médiation peut également être tentée, notamment pour les différends portant sur la répartition des charges ou la qualité des prestations, avant d'engager une procédure plus lourde.

Répartition des charges et financement

Les charges de copropriété afférentes aux travaux se répartissent en charges générales (entretien, conservation et administration des parties communes) et charges spéciales (services collectifs et équipements communs). Les charges générales sont réparties proportionnellement aux tantièmes figurant dans l'état descriptif de division ; les charges spéciales tiennent compte de l'utilité objective de chaque service pour le lot concerné, indépendamment de l'usage effectif.

La répartition des charges établie par le règlement de copropriété lie le syndicat et chaque copropriétaire. Une clé de répartition inexacte ne peut être modifiée qu'à l'unanimité, sauf si elle résulte d'une erreur matérielle ou d'une modification de la consistance des lots. La régularisation des charges intervient annuellement, après approbation des comptes : la différence entre les provisions pour charges appelées et les dépenses réelles est portée au crédit ou au débit de chaque copropriétaire selon sa quote-part.

Pour les travaux importants, le syndic est autorisé à appeler une provision spéciale sur la base du devis approuvé en assemblée générale. Les copropriétaires disposent d'un délai de paiement de 30 jours à compter de la date exigible (sauf délai différent voté en AG). Au-delà, des pénalités de retard s'appliquent au taux légal majoré. Le taux d'impayés atteint 8 % en moyenne dans les copropriétés parisiennes selon l'Observatoire des charges de copropriété - un niveau qui peut fragiliser la trésorerie du syndicat et compromettre l'exécution du chantier.

Le syndic professionnel doit disposer d'une garantie financière couvrant les fonds détenus pour le compte du syndicat, ainsi que d'une assurance responsabilité civile professionnelle et d'une carte professionnelle délivrée par la chambre de commerce. Ces conditions s'imposent également au syndic coopératif désigné parmi les copropriétaires, à la différence que ce dernier n'est pas tenu à la garantie financière si le syndicat ne détient pas de fonds propres au-delà de l'avance de trésorerie.

Aides publiques et éco-prêt collectif

L'éco-prêt à taux zéro copropriétés permet d'emprunter jusqu'à 30 000 euros par logement pour des travaux d'économie d'énergie, sans condition de ressources pour les copropriétaires. L'Agence nationale de l'habitat (Anah) propose des subventions pouvant couvrir jusqu'à 35 % du montant des travaux pour les copropriétés fragiles inscrites au registre des copropriétés (immatriculation obligatoire depuis la loi ALUR). Ces dispositifs supposent que la copropriété soit à jour de ses obligations déclaratives et que le carnet d'entretien soit tenu régulièrement par le syndic.

Contrôle de l'exécution et responsabilité du syndic

Le syndic est chargé d'exécuter les décisions de l'assemblée générale, ce qui inclut la passation des marchés, le suivi du chantier et la réception des travaux. Pour tout marché supérieur au seuil réglementaire, il doit soumettre au moins trois devis à l'assemblée. Le conseil syndical assure le contrôle de la gestion du syndic et peut, dans les copropriétés importantes, désigner un maître d'oeuvre indépendant pour superviser un chantier dont le montant dépasse 100 000 euros hors taxes.

La réception des travaux engage la responsabilité du syndic : il doit vérifier la conformité des prestations au cahier des charges, relever les malfaçons et établir un procès-verbal de réception avec ou sans réserves. Les réserves doivent être levées dans le délai contractuel, à défaut de quoi le syndic peut actionner les garanties légales - garantie de parfait achèvement (un an), garantie biennale (deux ans pour les équipements dissociables) et garantie décennale (dix ans pour les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination). Un mandat du syndic non renouvelé ou résilié (révocation du syndic) en cours de chantier complique sensiblement la gestion des garanties : c'est un point de vigilance que je signale systématiquement lors de l'examen des dossiers en cours de chantier.

Le syndicat secondaire, lorsqu'il existe dans les grandes copropriétés divisées en bâtiments distincts, dispose d'une personnalité morale propre pour gérer les parties communes particulières à un groupe de bâtiments. Ses décisions obéissent aux mêmes règles de majorité et de contestation que le syndicat principal, avec les mêmes délais de forclusion.

Conclusion

Les règles applicables aux travaux en copropriété forment un ensemble cohérent mais technique, où la moindre erreur de procédure - mauvaise majorité, convocation tardive, ordre du jour trop vague - peut invalider une décision et bloquer un chantier pour des mois. Je traite régulièrement ce type de contentieux devant le tribunal judiciaire de Paris, tant pour des syndicats de copropriétaires cherchant à sécuriser une procédure de vote que pour des copropriétaires souhaitant contester une décision adoptée dans des conditions irrégulières. Si vous êtes confronté à une difficulté de ce type - que ce soit en amont d'une assemblée générale ou après la notification d'un procès-verbal que vous estimez irrégulier - je vous invite à me décrire votre situation afin d'évaluer les options juridiques disponibles.

Questions fréquentes

Quel délai pour contester une décision d'assemblée générale en copropriété ?

Le délai est de deux mois à compter de la notification du procès-verbal par le syndic. Ce délai de forclusion s'applique aux copropriétaires opposants comme aux copropriétaires absents, dès réception du procès-verbal en recommandé avec accusé de réception.

Quelle majorité est requise pour voter des travaux de ravalement en copropriété ?

Le ravalement relève en principe de la majorité absolue de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965, c'est-à-dire la majorité des voix de tous les copropriétaires. Si ce seuil n'est pas atteint mais qu'au moins un tiers des voix est réuni, l'assemblée peut procéder immédiatement à un second vote à la majorité simple (article 25-1).

Le fonds de travaux est-il obligatoire dans toutes les copropriétés ?

Le fonds de travaux est obligatoire pour les syndicats de copropriétaires comportant plus de dix lots. La cotisation annuelle minimale est fixée à 5 % du budget prévisionnel. Les copropriétés de dix lots ou moins peuvent en être dispensées par décision unanime de l'assemblée générale.

Qu'est-ce que le plan pluriannuel de travaux (PPT) en copropriété ?

Le PPT est un document établi à partir du diagnostic technique global (DTG) qui liste les travaux nécessaires sur dix ans pour maintenir l'immeuble en bon état. Il est obligatoire pour les copropriétés de plus de quinze ans et doit être soumis au vote de l'assemblée générale, puis actualisé tous les dix ans.

Le vote par correspondance est-il autorisé en assemblée générale de copropriété ?

Oui. La loi ELAN de 2018 a introduit le vote par correspondance via un formulaire joint à la convocation. Les voix exprimées avant l'assemblée sont intégrées dans le calcul du quorum et des majorités. Ce dispositif est désormais répandu dans les grandes copropriétés parisiennes.

Quelles sont les garanties légales applicables après des travaux en copropriété ?

Trois garanties légales couvrent les travaux : la garantie de parfait achèvement (un an à compter de la réception), la garantie biennale pour les équipements dissociables (deux ans), et la garantie décennale pour les dommages affectant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination (dix ans). Le syndic est chargé d'actionner ces garanties au nom du syndicat des copropriétaires.

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