Litige avec un syndic de copropriété : recours et procédures

Par Richard R. Cohen Droit de la copropriété 13 min de lecture

Dossier : Droit de la copropriété

Un copropriétaire découvre, contrat en main, que 18 000 € de travaux ont été engagés sans qu'aucune assemblée générale ne les ait votés. Plus loin, dans un immeuble parisien, le fonds de travaux pourtant obligatoire n'a rien reçu depuis trois exercices. Rien d'exceptionnel là-dedans. Le registre des copropriétés, géré par l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), répertorie plus de 15 % de copropriétés immatriculées en Île-de-France présentant des signaux de fragilité ; et près d'un tiers des litiges immobiliers qui arrivent devant les tribunaux judiciaires concernent la gestion du syndicat des copropriétaires. Comprendre les mécanismes juridiques en jeu n'a donc rien d'accessoire. C'est ce qui permet d'agir à temps.

Cadre légal de la copropriété et obligations fondamentales du syndic

Tout remonte à la loi du 10 juillet 1965, qui pose le statut de la copropriété des immeubles bâtis, complétée par son décret d'application du 17 mars 1967. Deux réformes ont ensuite recomposé l'édifice. D'abord la loi ALUR du 24 mars 2014, puis la loi ELAN du 23 novembre 2018. Objectif commun : plus de transparence, de nouvelles garanties au bénéfice des copropriétaires.

Un immeuble en copropriété se divise en lots de copropriété. À chaque lot correspond une partie privative et une quote-part des parties communes, chiffrée en tantièmes. Deux documents fondent cette architecture : l'état descriptif de division et le règlement de copropriété. C'est ce dernier qui organise aussi la répartition des charges. On y sépare les charges générales - conservation, entretien et administration des parties communes - des charges spéciales, rattachées aux services collectifs et aux équipements communs.

Quant au syndic, il intervient comme mandataire du syndicat des copropriétaires. Qu'il soit syndic professionnel, syndic bénévole ou syndic coopératif ne change rien à sa fonction. Son mandat du syndic est borné dans le temps - trois ans au plus pour une première désignation - et ses prérogatives sont strictement encadrées. L'article 18 de la loi du 10 juillet 1965 détaille ses missions : faire respecter le règlement de copropriété, mettre en œuvre les décisions de l'assemblée générale, administrer l'immeuble, en garantir la conservation et l'entretien, représenter le syndicat dans les actes civils comme en justice.

Le professionnel, lui, doit satisfaire à des exigences supplémentaires. Une carte professionnelle délivrée par la chambre de commerce et d'industrie. Une garantie financière calibrée pour couvrir les fonds qu'il détient pour le compte des copropriétés. Et une assurance responsabilité civile professionnelle. Depuis la loi ALUR, ce plancher de garantie financière démarre à 110 000 € pour un syndic gérant moins de 30 lots, puis monte avec le volume d'activité.

Typologies des manquements et leurs fondements juridiques

Manquements dans la gestion courante

Les tensions naissent souvent autour des assemblées générales de copropriété, qu'il s'agisse de l'assemblée générale ordinaire annuelle ou d'une assemblée générale extraordinaire. La convocation doit parvenir à chaque copropriétaire au minimum 21 jours avant la réunion, accompagnée de l'ordre du jour, des documents comptables et des projets de résolution. Manquer ce délai expose à l'annulation des décisions. L'action en nullité dispose alors d'une fenêtre de deux mois, à compter de la notification du procès-verbal - c'est ce que prévoit l'article 42 de la loi du 10 juillet 1965.

Puis vient l'argent, source inépuisable de conflits. Le syndic doit faire voter un budget prévisionnel, lancer les provisions pour charges chaque trimestre, opérer la régularisation des charges en clôture d'exercice et alimenter le fonds de travaux obligatoire à hauteur d'au moins 5 % du budget prévisionnel. À cela s'ajoutent la tenue d'un carnet d'entretien et l'immatriculation de la copropriété au registre des copropriétés. Cette dernière, héritée de la loi ALUR, n'est pas une formalité de pure forme : sans elle, aucune vente de lot ne peut aboutir.

Un exemple éclaire le propos. Dans le 17e arrondissement de Paris, une copropriété de 48 lots découvre, à l'occasion d'un changement de syndic, que ce dernier avait confondu les fonds de la copropriété avec les siens - précisément ce qu'interdit l'article 18-1 A de la loi du 10 juillet 1965. Le contentieux a porté sur plus de 45 000 € d'avance de trésorerie jamais restituée.

Décisions prises en dehors des pouvoirs du syndic

Un syndic ne peut dépenser au-delà de ce que prévoit son mandat. Toute opération qui dépasse les actes conservatoires exige un vote en assemblée générale, selon la majorité requise : majorité simple de l'article 24, double majorité de l'article 26, ou unanimité selon le type de travaux. Engager des fonds sans cet aval ? Le syndic risque une action en responsabilité civile pour faute de gestion.

Le conseil syndical tient ici le rôle de contre-pouvoir. Formé de copropriétaires élus par l'assemblée générale, il surveille, assiste, et peut obtenir toutes les pièces relatives à la gestion de l'immeuble. Lorsque des actes lourds se décident sans qu'on le consulte, c'est généralement le symptôme d'un dérèglement plus profond.

Enjeux liés au plan pluriannuel de travaux et à la rénovation énergétique

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a imposé aux copropriétés de plus de 15 lots à usage d'habitation un plan pluriannuel de travaux (PPT), articulé avec un diagnostic technique global (DTG) et un diagnostic de performance énergétique (DPE) collectif. Si le syndic n'inscrit pas ce plan à l'ordre du jour de l'assemblée ordinaire dans les délais, il viole la loi. Et les retombées peuvent être lourdes : les copropriétés classées F ou G voient la location de leurs lots progressivement prohibée, ce qui se répercute sur le montant des charges récupérables et sur l'attrait du bien. Une copropriété horizontale d'Île-de-France en a fait l'expérience : faute de programme de rénovation énergétique voté en assemblée, ses lots ont perdu 12 % de leur valeur en deux ans.

Procédures et recours disponibles

Phase précontentieuse : mise en demeure et médiation

Avant tout passage devant un juge, il y a la mise en demeure. Une lettre recommandée avec accusé de réception, qui énumère les manquements constatés et accorde un délai raisonnable - souvent de 15 à 21 jours - pour s'exécuter. Ne négligez pas cette étape : elle commande fréquemment la recevabilité d'une demande ultérieure de dommages-intérêts.

Pour les litiges de gestion courante, la médiation vaut la peine d'être tentée. Le Centre de médiation et d'arbitrage de Paris (CMAP) traite chaque année plusieurs centaines de dossiers de copropriété, avec un taux de résolution amiable proche de 65 % sur les différends syndic-copropriétaires. L'avantage tient en deux mots : relations préservées dans l'immeuble, temps gagné. On compte 3 à 4 mois en moyenne pour une médiation, là où un tribunal demande 14 à 18 mois.

Révocation du syndic en assemblée générale extraordinaire

La révocation du syndic se décide en assemblée générale, à la majorité absolue des voix de tous les copropriétaires (article 25 de la loi du 10 juillet 1965). Pour la déclencher, le conseil syndical peut demander une assemblée extraordinaire ; un ou plusieurs copropriétaires représentant au moins un quart des tantièmes le peuvent également. Une exigence ne souffre aucune exception : la révocation doit figurer explicitement à l'ordre du jour. Aucun quorum n'est requis pour ces assemblées. Attention toutefois aux règles de majorité - la moindre erreur ouvre la voie à une contestation de décision.

Et si la première assemblée n'atteint pas la majorité ? Une seconde peut être convoquée dans les trois mois pour reprendre la même résolution. Elle l'adopte alors à la majorité des voix exprimées par les copropriétaires présents ou représentés - vote par correspondance inclus depuis la loi ELAN - sous réserve que les voix favorables atteignent au moins un tiers de l'ensemble des copropriétaires.

Procédures judiciaires devant le tribunal judiciaire

Le tribunal judiciaire compétent est celui du lieu de situation de l'immeuble. À Paris, ces dossiers relèvent de la 8e chambre du pôle civil du tribunal judiciaire de Paris. Au fond, comptez 14 à 16 mois.

Quand l'urgence l'impose, le référé apporte une réponse rapide - une décision provisoire en 8 à 15 jours, le plus souvent. C'est le bon levier pour contraindre un syndic à livrer ses pièces comptables, à mettre fin à une pratique manifestement illicite, ou à convoquer l'assemblée qu'il diffère. Quant au référé-provision, il sert à obtenir une avance sur dommages-intérêts dès lors que l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Dans les faits, les juridictions accordent généralement entre 50 % et 75 % du préjudice estimé.

Pour une action en nullité dirigée contre une décision d'assemblée, le délai demeure de deux mois après notification du procès-verbal aux copropriétaires opposants ou défaillants. Les actions en responsabilité civile contre le syndic se prescrivent, elles, par cinq ans à compter de la révélation du dommage, conformément à l'article 2224 du Code civil.

Voie pénale et recours contre la garantie financière

Un détournement avéré bouleverse le dossier. Les faits relèvent éventuellement de l'abus de confiance - article 314-1 du Code pénal - voire de l'escroquerie. Se constituer partie civile au pénal présente alors deux avantages : on bénéficie des investigations du juge d'instruction pour étayer la preuve, et l'on accède à une indemnisation devant le tribunal correctionnel. Avantage non négligeable, les frais d'expertise pèsent moins lourd sur la victime.

Autre arme, qu'on peut activer en parallèle : la garantie financière du syndic professionnel. Inutile d'attendre l'issue du procès principal pour la mettre en jeu. Souscrite auprès d'un établissement de crédit ou d'une société de caution mutuelle, elle se déclenche dès que le syndic est défaillant et que les fonds demeurent introuvables. Les plafonds de l'assurance responsabilité civile professionnelle varient - selon la compagnie et l'activité du cabinet - de 500 000 € à plusieurs millions d'euros. D'où l'intérêt de contrôler les attestations en cours dès l'ouverture du dossier.

Éléments de preuve et constitution du dossier

Un litige se joue d'abord sur le terrain de la preuve. Que faut-il réunir ? Les convocations et procès-verbaux d'assemblée des cinq dernières années, les appels de charges et leurs justificatifs de paiement, les contrats de prestataires et devis validés, la comptabilité du syndicat avec les relevés du compte bancaire séparé, le carnet d'entretien, l'état des charges récupérables, et les échanges avec le syndic. Le conseil syndical accède en permanence à ces documents. Le syndic ne peut s'y opposer.

Quand la comptabilité reste opaque, ou qu'on soupçonne des désordres techniques sur les parties communes, le référé-expertise trouve toute son utilité. L'expert judiciaire désigné consigne alors les manquements de façon objective. Son coût s'échelonne de 3 500 € à 15 000 € suivant la taille de la copropriété et la complexité des questions posées ; en fin de procédure, il retombe le plus souvent sur le syndic défaillant dès lors que sa responsabilité est retenue.

Honoraires d'avocat et maîtrise du budget contentieux

Trois modes de facturation prédominent pour les honoraires d'avocat en copropriété. Commençons par l'honoraire horaire : de 250 € à 600 € HT, en fonction de l'expérience du conseil et de la difficulté du dossier, il s'adapte aux affaires exigeantes en investigations ou en instruction. Vient ensuite l'honoraire forfaitaire - de 2 000 € à 8 000 € HT pour des procédures balisées comme une révocation de syndic ou une action en nullité -, nettement plus lisible côté budget. Enfin l'honoraire de résultat : complémentaire, plafonné à 30 % des sommes récupérées, il se combine volontiers à un forfait de base dans les actions en recouvrement de fonds détournés.

La copropriété fragile - catégorie créée par la loi ALUR pour les ensembles cumulant impayés, bâti dégradé et difficultés de gestion - peut solliciter des dispositifs publics, allant parfois jusqu'à une prise en charge partielle des frais de procédure. Le syndicat secondaire, institué pour administrer une portion de l'immeuble, dispose des mêmes recours que le syndicat principal face à un syndic défaillant.

Concrètement, face à un syndic défaillant, quelques réflexes suffisent à structurer la réponse : documenter rigoureusement chaque manquement, s'appuyer sur le conseil syndical comme relais, puis consulter sans tarder un avocat pour choisir entre les voies envisageables - amiable, judiciaire ou pénale - selon la gravité et l'urgence. Le Cabinet d'avocats Richard Cohen, établi dans le 8e arrondissement de Paris et spécialisé en droit immobilier et de la copropriété, accompagne copropriétaires, syndicats et conseils syndicaux à chacune de ces étapes.

Questions fréquentes

Quels sont les motifs légaux pour révoquer un syndic de copropriété ?

L'assemblée générale peut révoquer le syndic dès lors qu'un motif légitime le justifie. Plusieurs situations reviennent souvent. Des manquements répétés aux obligations légales, par exemple : défaut de convocation, comptabilité non séparée, fonds de travaux laissé sans alimentation. Un dépassement de pouvoirs, aussi, avec des dépenses engagées sans autorisation. Ou tout bonnement la perte de confiance des copropriétaires. Le vote s'opère à la majorité absolue des voix de tous les copropriétaires (article 25 de la loi du 10 juillet 1965). En cas de faute grave, une révocation judiciaire peut, par ailleurs, être demandée en référé.

Dans quel délai peut-on contester une décision d'assemblée générale de copropriété ?

Deux mois. Tel est le délai pour saisir le tribunal judiciaire d'une action en nullité, décompté à partir de la notification du procès-verbal aux copropriétaires opposants ou défaillants (article 42 de la loi du 10 juillet 1965). Passé ce terme, la décision devient définitive et ne peut plus être attaquée - sauf fraude ou atteinte à une règle d'ordre public.

Comment obtenir communication des documents comptables du syndic ?

Tout copropriétaire est en droit de réclamer au syndic les documents de gestion : comptabilité, contrats de prestataires, relevés bancaires, carnet d'entretien. La demande se formule par écrit, et le conseil syndical jouit pour sa part d'un droit de contrôle permanent. Si le syndic se montre récalcitrant, le président du tribunal judiciaire, statuant en référé, peut ordonner la communication sous astreinte dans un délai de 8 à 15 jours.

Quelle est la différence entre charges générales et charges spéciales en copropriété ?

Les charges générales financent la conservation, l'entretien et l'administration des parties communes - nettoyage, assurance, honoraires du syndic. Elles se ventilent au prorata de la quote-part de chacun dans les parties communes. Les charges spéciales, au contraire, visent les services collectifs et équipements communs : ascenseur, chauffage collectif, gardiennage. Leur répartition suit l'utilité du service pour chaque lot, sans tenir compte de l'usage réellement fait.

Le syndic peut-il engager des travaux sans vote de l'assemblée générale ?

En principe, non. Dès que les travaux excèdent les actes conservatoires, une décision préalable de l'assemblée s'impose. Une seule exception : les mesures urgentes nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble, que le syndic peut prendre sans autorisation, sous réserve d'en informer immédiatement le conseil syndical et de les faire ratifier à l'assemblée suivante. En dehors de ce cas, il engage sa responsabilité civile personnelle pour les dépenses faites sans mandat.

Qu'est-ce que le fonds de travaux obligatoire et comment est-il constitué ?

Le fonds de travaux est une épargne collective rendue obligatoire par la loi ALUR (article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965) pour les copropriétés de plus de 10 lots à usage d'habitation. Il se constitue par une cotisation annuelle représentant au moins 5 % du budget prévisionnel voté en assemblée générale. Ces sommes sont déposées sur un compte bancaire séparé au nom du syndicat et servent uniquement à financer des travaux décidés en assemblée. Ne pas l'alimenter constitue un manquement caractérisé du syndic à ses obligations légales.

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Cet article fait partie du dossier Droit de la copropriété.

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