Bail d'habitation : droits et obligations du locataire

Par Richard R. Cohen Droit des baux d'habitation 13 min de lecture

Dossier : Droit des baux d'habitation

Le parc locatif privé occupe une place de poids à Paris : il loge environ 23 % des résidences principales. Un seul document tient tout cet édifice - le bail d'habitation. Ses rouages, pourtant, restent obscurs pour bailleurs comme pour locataires. Dépôt de garantie, clause résolutoire, procédure d'expulsion : ces mots ne deviennent clairs qu'au pire moment, quand le litige a déjà commencé. Maîtriser la loi du 6 juillet 1989, complétée par la loi ALUR de 2014, fait toute la différence. On voit venir le contentieux. Et l'on sait réagir quand il survient.

Formation et contenu du contrat de bail d'habitation

Un logement vide loué comme résidence principale ? Le contrat de location bascule alors sous la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. Le texte fixe un contenu plancher. On y trouve nécessairement l'identité des parties, la description du bien, le montant du loyer et des charges locatives, les modalités de révision de loyer indexées sur l'indice de référence des loyers (IRL) publié par l'INSEE, et les conditions du dépôt de garantie.

La durée du bail varie. Tout dépend de la qualité du bailleur et du type de location. Un bail non meublé (la location vide) court trois ans si le propriétaire est une personne physique, six ans pour une personne morale. Le bail meublé (location meublée) fonctionne autrement : un an, avec tacite reconduction. Et puis il y a le cas particulier - le bail mobilité, issu de la loi ALUR et affiné par la loi ELAN. Entre un et dix mois, sans aucune reconduction. Il s'adresse à un public précis : étudiants en formation, salariés en mutation, personnes en mission temporaire.

Sur le volet énergétique, la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a tout bousculé. Les passoires thermiques (étiquettes G ou F au DPE) tombent sous des interdictions de location qui se resserrent par étapes. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne se loue plus. La conséquence est nette : la performance énergétique fait désormais partie intégrante de la décence du logement.

La loi ALUR a ajouté une notice d'information, jointe au bail, qui résume les droits et devoirs de chaque partie. Méfiance, aussi, du côté des charges récupérables : le contrat doit les indiquer, et on ne les choisit pas librement. Le décret n° 87-713 du 26 août 1987 en dresse la liste limitative.

Le droit à un logement décent : obligations du bailleur

Première obligation du bailleur : remettre un logement décent. C'est l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 qui le pose. Plusieurs conditions se cumulent : surface minimale, installations électriques et gaz sécurisées, absence d'humidité excessive, seuil minimal de performance énergétique. Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 entre dans le détail.

Le bailleur doit aussi la jouissance paisible des lieux. Il assume tout ce qui dépasse les réparations locatives. Ces dernières - à la charge du locataire - sont énumérées par le décret n° 87-712 du 26 août 1987 : entretien des sols, remplacement des joints, débouchage des canalisations, etc. C'est précisément là que naissent les frictions. Lors de l'état des lieux de sortie, la ligne de partage entre usure normale et dégradation fautive alimente l'essentiel des litiges. Un principe demeure intangible : la vétusté ne s'impute jamais au locataire.

Un exemple parisien revient sans cesse dans nos dossiers. Une infiltration apparaît par la toiture. La réparation revient au bailleur, point final. Encore faut-il le décider à agir. S'il néglige la mise en demeure adressée en recommandé avec accusé de réception, le locataire saisit le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire. À la clé : une injonction de travaux, parfois une réduction de loyer au titre des troubles de jouissance.

Dépôt de garantie : règles de versement et de restitution

Le dépôt de garantie connaît un plafond. Un mois de loyer hors charges pour un logement vide, deux mois pour un logement meublé. Et impossible de le réclamer plus d'un mois avant l'entrée dans les lieux.

Vient le moment de la restitution du dépôt de garantie. Un mois si l'état des lieux d'entrée et de sortie coïncident. Deux mois en cas de divergence. Passé ce terme, le retard se retourne contre le bailleur : la somme due au locataire est majorée de 10 % du loyer mensuel par mois de retard entamé. C'est le mécanisme de l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989.

Une retenue sur dépôt de garantie ne va jamais de soi. Il faut des dégradations prouvées, factures à l'appui. La vétusté normale ne fonde aucune retenue, jamais. Si le bailleur s'obstine, le locataire dispose de trois ans - le délai de prescription - pour agir en restitution devant le tribunal judiciaire.

Loyers impayés : procédure et droits des parties

Les loyers impayés dominent le contentieux locatif français. Un repère chiffré : en 2023, plus de 150 000 procédures d'expulsion étaient engagées chaque année sur le territoire. Le chemin procédural est tracé. S'en écarter coûte cher.

La quasi-totalité des baux comporte une clause résolutoire - celle qui prévoit la résiliation automatique en cas d'impayé. Quand elle figure au contrat, le bailleur respecte chaque étape. Première obligation : faire délivrer, par un commissaire de justice (l'ancien huissier de justice), un commandement de payer visant la clause. Démarre alors un délai de deux mois. Le locataire qui règle l'intégralité de sa dette locative dans cet intervalle neutralise la clause.

Et si rien n'est payé à l'échéance ? Le bailleur assigne devant le juge des contentieux de la protection, pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire et obtenir un titre exécutoire. Le juge conserve néanmoins une latitude. Devant un locataire de bonne foi, il peut accorder des délais de paiement - jusqu'à trois ans - au visa de l'article 1343-5 du Code civil, et les accompagner d'un plan d'apurement.

Face à l'impayé, le locataire dispose de marges de manœuvre. Voici les principaux dispositifs :

  • Une aide au logement (APL, ALF, ALS) : versée directement au bailleur, elle tient lieu de garantie partielle ;
  • La garantie Visale d'Action Logement, qui couvre jusqu'à 36 mois d'impayés de loyer pour les locataires éligibles ;
  • Le Fonds de solidarité pour le logement (FSL), géré par chaque département, qui peut financer l'apurement de la dette ;
  • La Commission de surendettement de la Banque de France : sa saisine peut geler les procédures judiciaires de recouvrement.

Une situation concrète éclaire le mécanisme. Une locataire parisienne, en zone tendue, perd son emploi. Trois mois de loyer s'accumulent. Le bailleur ne tarde pas : commandement de payer signifié par commissaire de justice. Mais elle réagit. Saisine du FSL de Paris, aide partielle obtenue, puis conclusion d'un plan d'apurement que le juge homologue. Au final, la clause résolutoire ne joue pas et le bail se maintient.

Procédure d'expulsion : étapes et protections légales

L'expulsion répond à un cadre rigide. Pas d'expulsion sans commissaire de justice porteur d'un titre exécutoire - la condition est absolue. Le bailleur qui se ferait justice s'expose lourdement. Couper l'eau, le chauffage, changer les serrures : c'est une expulsion illégale. L'article 226-4-2 du Code pénal punit jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende.

Le jugement obtenu, le commissaire de justice signifie un commandement de quitter les lieux. Deux mois passent. À l'expiration, il peut solliciter le concours de la force publique. Reste un verrou calendaire qui s'impose à tous : la trêve hivernale. Entre le 1er novembre et le 31 mars, aucune expulsion locative effective, quel que soit le dossier.

Le locataire visé par une assignation au tribunal n'affronte pas seul la procédure. Revenus modestes ? L'aide juridictionnelle lui donne accès à un avocat, gratuitement ou contre une participation réduite. Il peut aussi solliciter du juge un délai de grâce, le temps de se reloger.

Un détail qui compte beaucoup en pratique : même après l'expulsion, le locataire reste redevable d'une indemnité d'occupation tant qu'il n'a pas vidé les lieux. Le montant équivaut, en règle générale, au loyer augmenté des charges.

Résiliation du bail et congé : droits et délais

La résiliation du bail peut émaner du locataire comme du bailleur. Mais les règles n'ont rien d'équilibré entre les deux.

Le locataire jouit d'une grande latitude. Il donne son préavis de départ à tout moment. Le délai de préavis est de trois mois en bail non meublé, d'un mois en bail meublé. Il tombe à un mois pour un logement vide en zone tendue - Paris, donc - ou en cas de mutation professionnelle, de perte d'emploi, ou pour un premier emploi.

Le bailleur, lui, a beaucoup moins de liberté. Le congé se donne uniquement à l'échéance, six mois à l'avance, et seulement pour l'un des trois motifs admis : reprise pour habiter, vente du logement (congé pour vente, qui ouvre sous conditions un droit de préemption au locataire), ou motif légitime et sérieux - souvent un manquement grave aux obligations du locataire.

L'encadrement des loyers, lui, s'applique à Paris depuis 2019. Le système s'appuie sur des loyers de référence arrêtés par le préfet. Franchir le loyer de référence majoré expose à une action en réduction de loyer devant le juge des contentieux de la protection - et, pour une personne physique, à une amende administrative pouvant atteindre 5 000 €.

Caution locative, garanties et assurances

La caution (le cautionnement) repose sur l'engagement d'un tiers - un proche, généralement, ou un organisme - qui prendra en charge impayés de loyer et dégradations en cas de défaillance du locataire. La caution solidaire simplifie tout pour le bailleur : il peut actionner la caution sans poursuivre d'abord le locataire.

Un bailleur ayant souscrit une assurance loyers impayés (la GLI, ou garantie loyers impayés) ne peut, sauf exceptions, réclamer en plus une caution physique. L'assurance loyer impayé couvre habituellement les loyers, les frais de contentieux et les dégradations.

Autre solution pour sécuriser la caution locative : l'avance LOCA-PASS d'Action Logement. Elle finance le dépôt de garantie par un prêt sans intérêt, réservé aux salariés du privé.

Gérer les litiges locatifs : recours amiables et judiciaires

Pour certains litiges, passer par la commission départementale de conciliation (CDC) n'a rien de facultatif : c'est un préalable obligatoire à toute assignation en justice. Sont visés les charges, les réparations et l'état des lieux - règle issue de la loi ALUR. La saisine ne coûte rien et l'avis tombe sous environ deux mois. Accord ? Un procès-verbal de conciliation le grave. Échec ? La partie la plus diligente porte l'affaire devant le tribunal judiciaire.

Pour les sommes modestes, le conciliateur de justice demeure souvent la voie la plus rapide, et gratuite : troubles du voisinage, réparations locatives, désaccords sur les charges locatives.

Une dimension à ne jamais oublier : le temps. L'action en paiement des loyers et des charges se prescrit par trois ans, à compter du jour où le bailleur a connu - ou aurait dû connaître - les faits lui permettant d'agir, en vertu de l'article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989. Le locataire qui réclame son dépôt de garantie est soumis au même délai de prescription.

Le référé-provision mise sur la vitesse. Il permet d'obtenir une provision sur une créance non sérieusement contestable - des loyers impayés non discutés au fond, par exemple - parfois en moins d'un mois. On y recourt quand l'urgence est réelle et la créance certaine.

Un point récurrent, pour finir : les clauses abusives. Clause prohibant une sous-location que la loi permet, ou imposant des pénalités de retard introuvables dans les textes - le locataire peut demander au juge de les réputer non écrites. Le bail, lui, survit dans le reste de ses dispositions.

Conclusion

Le bail d'habitation n'a rien d'anodin. Chaque clause - clause résolutoire, modalités de restitution du dépôt de garantie, règles de révision du loyer - produit des effets financiers et procéduraux bien concrets. Les dispositifs, eux, se superposent : encadrement parisien des loyers, trêve hivernale, garantie Visale, FSL, aide juridictionnelle. Avant de trancher, mieux vaut donc lire chaque situation avec méthode. Établi dans le 8e arrondissement de Paris, spécialisé en droit immobilier et baux d'habitation, le Cabinet d'avocats Richard Cohen accompagne locataires et bailleurs : analyse de leurs droits, rédaction ou contestation de congés, gestion des procédures d'impayés, représentation devant le juge des contentieux de la protection.

Questions fréquentes

Quels sont les délais légaux pour la restitution du dépôt de garantie ?

Le bailleur dispose d'un mois pour restituer le dépôt de garantie si l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée, et de deux mois en cas de divergences. Passé ce délai, le solde dû est majoré de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard entamé, en application de l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989.

Qu'est-ce que la clause résolutoire dans un bail d'habitation ?

La clause résolutoire est une stipulation contractuelle prévoyant la résiliation automatique du bail en cas d'inexécution par le locataire de ses obligations (loyers impayés, défaut d'assurance, etc.). Elle ne produit ses effets qu'après la délivrance d'un commandement de payer par commissaire de justice et l'expiration d'un délai de deux mois sans régularisation.

La trêve hivernale protège-t-elle tous les locataires ?

La trêve hivernale, qui court du 1er novembre au 31 mars, suspend l'exécution de toute mesure d'expulsion, quelle que soit la cause (impayés, résiliation pour motif légitime, etc.). Elle ne suspend pas les procédures judiciaires en cours, mais empêche le concours de la force publique pour mettre à exécution une décision d'expulsion.

Quels recours existent en cas de loyers impayés pour le locataire en difficulté ?

Le locataire en difficulté peut solliciter le Fonds de solidarité pour le logement (FSL) pour obtenir une aide financière, activer la garantie Visale d'Action Logement si elle a été souscrite, saisir la Commission de surendettement de la Banque de France, ou demander au juge des délais de paiement pouvant aller jusqu'à trois ans. L'aide juridictionnelle permet également de se faire représenter par un avocat à moindre coût.

Quelle est la prescription applicable aux litiges locatifs ?

L'action en paiement des loyers et charges se prescrit par trois ans à compter du jour où le créancier a eu connaissance des faits lui permettant d'agir, conformément à l'article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989. Ce même délai de trois ans s'applique à l'action du locataire en restitution du dépôt de garantie.

L'encadrement des loyers s'applique-t-il à Paris ?

Oui. Paris est soumise à l'encadrement des loyers depuis 2019. Des loyers de référence sont fixés par arrêté préfectoral selon le type de logement, le nombre de pièces, l'époque de construction et l'arrondissement. Un bailleur qui dépasse le loyer de référence majoré s'expose à une action en réduction de loyer et à une amende administrative pouvant atteindre 5 000 € pour une personne physique.

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Cet article fait partie du dossier Droit des baux d'habitation.

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