VEFA et prêt à taux zéro : régime juridique et financement

Par Richard R. Cohen Droit de la construction 14 min de lecture

Dossier : Droit de la construction

La VEFA : transfert progressif de propriété et cadre légal

La vente en état futur d'achèvement est définie par l'article 1601-3 du Code civil comme le contrat par lequel le vendeur transfère immédiatement à l'acquéreur ses droits sur le sol, les constructions existantes devenant sa propriété et les ouvrages à venir lui appartenant au fur et à mesure de leur exécution. Ce transfert progressif de propriété distingue fondamentalement la VEFA d'une vente classique dans l'ancien : l'acquéreur est propriétaire de chaque partie construite dès son achèvement, avant même que le logement soit habitable.

Le régime protecteur applicable au secteur protégé de la promotion immobilière est organisé par les articles L. 261-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation (CCH). Ces dispositions fixent les obligations du promoteur immobilier, le calendrier réglementaire des appels de fonds, les garanties dues à l'acquéreur et les conditions de nullité du contrat en cas de manquement. L'ensemble de ce régime est d'ordre public contractuel : les parties ne peuvent y déroger par convention.

Selon les données de la Fédération des Promoteurs Immobiliers, environ 110 000 logements neufs sont vendus chaque année en France sous ce régime. L'achat sur plan représente aujourd'hui la quasi-totalité de la primo-accession dans le neuf, ce qui rend la maîtrise du régime juridique de la VEFA indispensable pour tout acquéreur, notamment lorsqu'un prêt à taux zéro (PTZ) est intégré au montage financier.

Signalons aussi, sur le plan fiscal, que les frais de notaire applicables en VEFA sont calculés sur le prix hors taxes et sont réduits par rapport à une acquisition dans l'ancien (environ 2 à 3 % contre 7 à 8 %). L'acquéreur peut également, sous conditions, bénéficier d'une exonération temporaire de taxe foncière pendant deux ans à compter de l'achèvement des constructions, sur délibération de la collectivité concernée. La TVA applicable est en principe au taux normal de 20 %, mais un taux réduit de 5,5 % peut s'appliquer pour les logements sociaux ou en zone ANRU, sous réserve de conditions strictes de plafonds de ressources et de localisation.

Le contrat de réservation : contenu obligatoire et dépôt de garantie

La VEFA débute par un avant-contrat : le contrat de réservation (ou contrat préliminaire), régi par l'article R. 261-25 du Code de la construction et de l'habitation. Ce contrat doit mentionner la surface habitable approximative, le nombre de pièces principales, la situation du lot dans l'immeuble, le prix prévisionnel de vente, les modalités de révision du prix, et le délai prévisionnel d'exécution des travaux. L'absence de l'une de ces mentions peut entraîner la nullité du contrat préliminaire.

Le dépôt de garantie versé à la signature est plafonné par l'article R. 261-28 du CCH : 5 % du prix prévisionnel si le délai de réalisation n'excède pas un an, 2 % si ce délai est compris entre un et deux ans, aucun dépôt si le délai dépasse deux ans. Ces sommes sont bloquées sur un compte séquestre chez le notaire ou dans un établissement de crédit jusqu'à la signature de l'acte authentique de vente.

L'acquéreur bénéficie d'un délai de rétractation de dix jours à compter du lendemain de la première présentation de la lettre recommandée lui notifiant le contrat, conformément à l'article L. 271-1 du CCH. L'exercice de ce droit de rétractation entraîne la restitution intégrale du dépôt de garantie dans un délai de vingt-et-un jours. Cette fenêtre est souvent mise à profit pour finaliser le dossier de financement, en particulier lorsque la condition suspensive d'obtention du prêt immobilier - y compris le PTZ - n'est pas encore levée.

La condition suspensive d'obtention du financement doit figurer dans l'acte authentique de vente définitif. Si l'acquéreur ne parvient pas à obtenir son prêt dans le délai prévu, la vente est résolue de plein droit et le dépôt de garantie lui est restitué sans pénalité. En pratique, le délai minimal légal pour lever cette condition est d'un mois à compter de la signature de l'acte, mais les actes notariés en VEFA prévoient généralement des délais plus longs, adaptés à la durée d'instruction des dossiers PTZ.

Prêt à taux zéro et VEFA : conditions d'éligibilité et déblocage des fonds

Le prêt à taux zéro est un prêt réglementé sans intérêts, distribué par des établissements de crédit conventionnés avec l'État dans le cadre des articles L. 31-10-1 et suivants du CCH. Il est réservé aux primo-accédants - personnes n'ayant pas été propriétaires de leur résidence principale au cours des deux années précédant la demande - et soumis à des plafonds de ressources qui varient selon la zone géographique (A, A bis, B1, B2, C) et la composition du foyer.

En zone A (Paris intra-muros et petite couronne), le PTZ peut couvrir jusqu'à 40 % du coût total de l'opération pour un logement neuf, dans la limite d'un plafond de prix fixé par arrêté. Pour un logement de 50 m² acquis à 7 000 euros le mètre carré (soit 350 000 euros), le PTZ peut atteindre 140 000 euros. La durée de remboursement peut aller jusqu'à 25 ans, avec une période de différé de 5 à 15 ans selon les revenus du ménage : pendant cette période de différé, aucun remboursement n'est dû sur le PTZ.

L'articulation entre le PTZ et la VEFA présente une difficulté technique propre au paiement progressif du prix : le PTZ est débloqué au fur et à mesure des appels de fonds du promoteur, et non en totalité à la signature de l'acte authentique. L'établissement prêteur doit synchroniser ses versements avec le calendrier de construction certifié par le maître d'ouvrage. Chaque déblocage partiel génère des frais intercalaires sur les sommes débloquées avant livraison - ces frais sont dus au titre du prêt principal, mais le PTZ lui-même, étant sans intérêt, ne produit aucun frais intercalaire propre. En cas de retard de livraison prolongé, ces frais intercalaires sur les prêts complémentaires peuvent représenter plusieurs milliers d'euros supplémentaires à la charge de l'acquéreur.

Le dispositif Pinel, applicable aux investissements locatifs dans le neuf, est structurellement incompatible avec le PTZ (qui exige l'usage comme résidence principale de l'acquéreur). Ces deux mécanismes fiscaux et de financement ne peuvent donc pas se cumuler sur un même bien.

Appels de fonds : un échelonnement réglementé d'ordre public

Le paiement échelonné du prix en VEFA obéit à un calendrier légal impératif fixé par l'article R. 261-14 du Code de la construction et de l'habitation. Les appels de fonds successifs ne peuvent excéder les pourcentages suivants du prix de vente :

  • 35 % à l'achèvement des fondations ;
  • 70 % à la mise hors d'eau (toiture posée, étanchéité assurée) ;
  • 95 % à l'achèvement des travaux ;
  • le solde de 5 % à la livraison, ou sa consignation si des réserves sont émises à cette occasion.

Ces plafonds sont d'ordre public : toute clause contractuelle qui les dépasserait est réputée non écrite. Dans la pratique des dossiers VEFA, les promoteurs immobiliers appellent fréquemment les fonds aux seuils maximaux autorisés, dès la certification du stade d'avancement des travaux par le maître d'ouvrage. L'acquéreur et son banquier doivent anticiper les délais d'instruction de chaque appel pour éviter les pénalités de retard de paiement prévues au contrat de vente définitif.

La consignation du solde de 5 % est un mécanisme protecteur pour l'acquéreur : lorsque des réserves sont émises lors de la visite de livraison, ce solde n'est pas versé directement au promoteur mais consigné auprès de la Caisse des dépôts ou d'un notaire, jusqu'à la levée des réserves. Cette consignation ne constitue pas un refus de payer ; elle préserve les droits de l'acquéreur sans exposer le promoteur à une inexécution contractuelle de sa part.

Garantie financière d'achèvement : obligation extrinsèque depuis la loi ELAN

La garantie financière d'achèvement (GFA) est une obligation légale imposée au vendeur en VEFA par l'article L. 261-10-1 du Code de la construction et de l'habitation. Elle garantit que le programme sera mené à son terme même en cas de défaillance du promoteur, qu'il s'agisse d'un redressement judiciaire, d'une liquidation judiciaire ou d'une simple cessation de paiements.

Depuis la loi ELAN du 23 novembre 2018, la garantie intrinsèque - qui reposait sur la solidité financière propre du promoteur et sur le niveau de pré-commercialisation du programme - a été supprimée. Seule la garantie extrinsèque est admise : un établissement de crédit ou une société d'assurance s'engage, envers l'acquéreur, à financer le complément nécessaire à l'achèvement en cas de défaillance du promoteur. Cette garantie extrinsèque doit être mentionnée dans l'acte authentique de vente sous peine de nullité de cet acte ; l'acquéreur qui constate son absence peut demander en justice l'annulation de la vente.

Un exemple concret illustre le fonctionnement de ce mécanisme : un promoteur placé en liquidation judiciaire en cours de chantier, avec 60 % d'avancement des travaux, ne laisse pas l'acquéreur sans recours. Le garant (en général une banque) prend le relais, désigne un administrateur chargé de faire achever les travaux, et finance les 40 % restants. L'acquéreur continue à régler ses appels de fonds selon le calendrier de l'article R. 261-14, mais en faveur du garant substitué. La garantie de remboursement - alternative à la GFA pour certaines opérations, permettant le remboursement des sommes versées si l'achèvement n'intervient pas - est en pratique peu utilisée depuis 2018.

L'assurance dommages-ouvrage, distincte de la GFA, est souscrite par le maître d'ouvrage (en VEFA, le promoteur) avant l'ouverture du chantier, en application de l'article L. 242-1 du Code des assurances. Elle permet le préfinancement des réparations relevant de la garantie décennale, sans attendre une décision judiciaire. Son absence expose le vendeur en VEFA à des sanctions pénales et prive l'acquéreur d'un préfinancement rapide des désordres graves.

Livraison, réserves et retard : droits et recours de l'acquéreur

La livraison du bien intervient à l'achèvement des travaux, constatée contradictoirement entre le promoteur et l'acquéreur lors d'une visite de livraison donnant lieu à un procès-verbal. C'est à ce moment que le solde du prix de 5 % devient exigible - ou est consigné en cas de réserves. L'acquéreur dispose d'un mois après la livraison pour notifier par lettre recommandée les désordres non apparents lors de la visite, conformément à l'usage constant en matière de réserves à la livraison.

Le retard de livraison est l'une des problématiques les plus fréquentes dans les dossiers VEFA. L'acte authentique prévoit une date prévisionnelle et, généralement, une clause pénale fixant des indemnités de retard (souvent 1/3 000e du prix par jour de retard). En l'absence de clause pénale, l'acquéreur peut invoquer la responsabilité du promoteur et réclamer des dommages-intérêts correspondant au préjudice effectivement subi : loyers payés pendant le retard, frais intercalaires de prêt, frais de garde-meubles, préjudice de jouissance. Certaines causes légitimes de retard (intempéries, recours de tiers contre le permis de construire, force majeure) sont en général contractuellement exonératoires ; leur qualification exacte est souvent discutée.

L'action en responsabilité contre le promoteur se prescrit par cinq ans à compter de la connaissance du dommage, en application de l'article 2224 du Code civil. Une mise en demeure préalable par lettre recommandée avec accusé de réception est recommandée avant toute action judiciaire : elle fait courir les intérêts moratoires et constitue une preuve de la réclamation amiable.

Garanties post-livraison : parfait achèvement, biennale et décennale

Trois garanties légales s'appliquent après la livraison du bien en VEFA, chacune couvrant une durée et un type de désordre distincts :

  • La garantie de parfait achèvement (article 1792-6 du Code civil) : un an à compter de la réception des travaux, elle couvre tous les désordres signalés par réserves lors de la livraison ou notifiés par écrit à l'entrepreneur dans l'année suivant la réception. Le défaut de conformité entre les caractéristiques du logement livré et celles prévues au contrat de vente entre également dans son champ.
  • La garantie biennale de bon fonctionnement : deux ans pour les éléments d'équipement dissociables de la construction (chaudière, volets motorisés, robinetterie, etc.), en application de l'article 1792-3 du Code civil.
  • La garantie décennale (article 1792 du Code civil) : dix ans pour les désordres qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination - vices de construction, malfaçons structurelles, infiltrations affectant le clos et le couvert.

Ces garanties s'exercent contre les constructeurs. Le promoteur vendeur en VEFA est tenu à l'égard de l'acquéreur des mêmes garanties que le constructeur, par application de l'article 1646-1 du Code civil. La responsabilité in solidum des différents intervenants (promoteur, entreprise générale, sous-traitants) peut être engagée selon la nature et l'origine du désordre. La déclaration d'achèvement et de conformité des travaux (DAACT), déposée en mairie à l'achèvement, marque le point de départ des délais de prescription associés à ces garanties.

La prescription de l'action en garantie décennale est de dix ans à compter de la réception des travaux (article 1792-4-1 du Code civil). Passé ce délai, l'action est forclose. L'acquéreur victime de désordres impropres à destination doit donc agir rapidement, en particulier lorsque plusieurs années se sont écoulées depuis la livraison.

Conclusion : accompagnement juridique en VEFA

Le Cabinet d'avocats Richard Cohen, établi dans le 8e arrondissement de Paris, traite depuis plus de 30 ans les dossiers de vente en état futur d'achèvement dans l'ensemble de leurs dimensions : analyse du contrat de réservation et de l'acte authentique de vente, vérification de la garantie financière d'achèvement et de l'assurance dommages-ouvrage, articulation entre le financement PTZ et les appels de fonds du promoteur, gestion des retards de livraison, des réserves et des malfaçons, ainsi que le contentieux immobilier devant les juridictions civiles.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la VEFA et en quoi diffère-t-elle d'une vente classique ?

La vente en état futur d'achèvement (VEFA) est définie par l'article 1601-3 du Code civil : le transfert de propriété s'opère progressivement, au fur et à mesure de l'avancement des travaux, et non en une seule fois à la signature. L'acquéreur devient propriétaire de chaque partie construite dès son exécution. Ce mécanisme impose un paiement échelonné réglementé et des garanties spécifiques - garantie financière d'achèvement, garantie décennale, assurance dommages-ouvrage - absentes d'une vente dans l'ancien.

Le prêt à taux zéro (PTZ) est-il compatible avec un achat en VEFA ?

Oui. Le PTZ est conçu pour les logements neufs, dont les VEFA. Il est réservé aux primo-accédants respectant des plafonds de ressources et peut couvrir jusqu'à 40 % du coût de l'opération en zone A (Paris et petite couronne). Le déblocage du PTZ s'effectue au fur et à mesure des appels de fonds du promoteur, ce qui nécessite une coordination précise avec l'établissement prêteur. Des frais intercalaires peuvent être générés sur les prêts complémentaires en cas de retard de livraison.

Quels sont les plafonds légaux des appels de fonds en VEFA ?

L'article R. 261-14 du Code de la construction et de l'habitation fixe des plafonds impératifs d'ordre public : 35 % du prix à l'achèvement des fondations, 70 % à la mise hors d'eau, 95 % à l'achèvement des travaux, et 5 % à la livraison (ce dernier pouvant être consigné en cas de réserves). Toute clause contractuelle dépassant ces seuils est réputée non écrite.

Que couvre la garantie financière d'achèvement (GFA) et depuis quand est-elle obligatoirement extrinsèque ?

La GFA garantit l'achèvement du programme en cas de défaillance du promoteur. Depuis la loi ELAN du 23 novembre 2018, seule la garantie extrinsèque est admise : un établissement de crédit ou un assureur s'engage à financer les travaux restants. La garantie intrinsèque a été supprimée. Elle doit figurer dans l'acte authentique de vente sous peine de nullité de cet acte, et peut être invoquée en cas de liquidation judiciaire du promoteur en cours de chantier.

Quels recours en cas de retard de livraison en VEFA ?

L'acquéreur peut réclamer des dommages-intérêts correspondant au préjudice réel subi : loyers payés pendant le retard, frais intercalaires de prêt, frais de garde-meubles, préjudice de jouissance. Si le contrat prévoit une clause pénale (indemnités journalières), elle s'applique automatiquement. L'action en responsabilité se prescrit par cinq ans à compter de la connaissance du dommage, en application de l'article 2224 du Code civil. Une mise en demeure préalable par lettre recommandée est recommandée avant toute procédure judiciaire.

Quelle est la durée des garanties légales applicables après la livraison d'un logement en VEFA ?

Trois garanties s'appliquent : la garantie de parfait achèvement (article 1792-6 du Code civil), d'une durée d'un an à compter de la réception des travaux, couvrant tous les désordres signalés par réserves ou notifiés par écrit ; la garantie biennale de bon fonctionnement (article 1792-3 du Code civil), de deux ans, pour les équipements dissociables ; la garantie décennale (article 1792 du Code civil), de dix ans, pour les désordres compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. Le promoteur vendeur en VEFA en est tenu vis-à-vis de l'acquéreur par application de l'article 1646-1 du Code civil.

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