Droits des locataires : bail, litiges et recours légaux

Par Richard R. Cohen Droit des baux d'habitation 13 min de lecture

Dossier : Droit des baux d'habitation

Trois situations, pour commencer. Un congé pour vente arrive, mais le délai de six mois a été ignoré. Plus loin, un bailleur conserve le dépôt de garantie alors qu'aucun état des lieux de sortie contradictoire n'a été dressé. Ailleurs encore, un commandement de payer porte sur des loyers dont le montant fait justement débat. Rien d'inhabituel. Ces dossiers reviennent sans cesse. Le contentieux locatif français pèse lourd : chaque année, le ministère de la Justice recense plus de 160 000 procédures d'expulsion. Une bonne partie aurait pu être évitée, en pratique. Tout tient souvent à une chose - savoir ce que disent les textes et comment ils s'appliquent.

Le bail d'habitation repose sur un équilibre. Les obligations du locataire d'un côté, les droits du bailleur de l'autre, encadrés par des textes précis. Les méconnaître coûte cher, des deux côtés. Voici donc ce qui protège le locataire, les procédures mobilisables en cas de litige, et les recours qui restent ouverts.

Le contrat de bail d'habitation : formation, durée et obligations réciproques

Tout commence par le contrat. C'est lui qui détermine les droits et devoirs des deux parties pendant toute la durée d'occupation. Le texte central demeure la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, dès lors que le logement constitue une résidence principale - qu'on parle d'un logement vide (location vide, bail non meublé) ou d'un logement meublé (bail meublé, location meublée).

La durée du bail varie selon le logement. Trois ans pour un logement vide loué par une personne physique. Six ans si le bailleur est une personne morale. Un an pour un bail meublé. Le bail étudiant et le bail mobilité, eux, suivent des durées plus courtes - ce dernier échappant d'ailleurs à la tacite reconduction. Pour les baux classiques, c'est l'inverse : la reconduction tacite joue d'office à l'échéance, sauf congé délivré dans les formes.

Que doit le bailleur avant tout ? Un logement décent. La notion remonte au décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002, avant d'être enrichie par la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, qui y greffe un seuil de performance énergétique. En clair : un logement classé G au DPE quitte peu à peu le marché locatif à compter de 2025. Du côté du locataire, les obligations se résument à l'essentiel : régler le loyer à l'échéance, entretenir le logement (réparations locatives), garder une assurance habitation en cours de validité, et s'abstenir de toute sous-location sans l'accord du propriétaire.

L'état des lieux d'entrée et l'état des lieux de sortie comptent énormément. Ce sont eux qui départagent les parties en cas de litige sur les dégradations ou la retenue sur dépôt de garantie. Un point à retenir : faute d'état des lieux d'entrée, la loi présume le logement reçu en bon état.

Le dépôt de garantie et les charges locatives

Le dépôt de garantie est plafonné. L'article 22 de la loi du 6 juillet 1989 le borne à un mois de loyer hors charges en location vide, deux mois en meublé. Pour sa restitution, deux délais coexistent : un mois lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée, deux mois lorsqu'il s'en écarte. Passé ce terme, le retard se facture : 10 % du loyer mensuel par mois entamé. Et pas besoin de mise en demeure préalable. La majoration court toute seule.

Quelles charges le bailleur peut-il récupérer ? La liste est close, arrêtée par le décret du 26 août 1987. Tout ce qui n'y figure pas reste à sa charge. Sans exception. La vétusté entre aussi en ligne de compte quand on apprécie les dégradations imputées au locataire : l'usure résultant d'un usage normal ne justifie aucune retenue. Les charges locatives donnent lieu à une provision mensuelle, suivie d'une régularisation annuelle, imposée par l'article 23 de la loi du 6 juillet 1989. Le bailleur remet alors le décompte par nature de charges et, sur demande, les justificatifs.

Exemple concret n° 1 : un bailleur réclame à son locataire 45 % de charges supplémentaires, au titre d'un ravalement réparti entre occupants. Problème : ce sont des grosses réparations au sens de l'article 606 du Code civil, qui les laisse au seul propriétaire. Les imputer au locataire ne repose sur rien. Ce dernier peut donc exiger le remboursement de ce qu'il a payé à tort, dans la limite des trois ans de prescription.

Loyers, révision et encadrement

Hors zones encadrées, les parties fixent librement le loyer initial. Mais dans les zones tendues délimitées par décret - Paris en fait partie -, la loi Alur du 24 mars 2014 a instauré un encadrement des loyers, depuis affiné et renforcé. Franchir le loyer de référence majoré expose à sanction : le locataire saisit alors le juge des contentieux de la protection pour faire baisser le montant.

La révision de loyer s'aligne sur l'indice de référence des loyers (IRL), que l'INSEE publie chaque trimestre. Une fois par an, jamais davantage, à la date prévue au contrat - et uniquement si une clause de révision y figure. Faute de cette clause, le loyer reste figé toute la durée du bail. Un dernier point : la quittance de loyer est gratuite, à remettre à chaque paiement dès que le locataire en fait la demande.

Loyers impayés : de la mise en demeure à la procédure d'expulsion

Les loyers impayés (ou impayés de loyer, dette locative) empruntent un parcours que la loi balise étape par étape. Pas d'expulsion sans titre exécutoire, ni avant qu'une série d'actes formels ait été accomplie dans l'ordre.

On démarre presque toujours à l'amiable, par une mise en demeure. Si elle échoue, la clause résolutoire du contrat prend le relais. Le bailleur fait alors signifier, par commissaire de justice (l'ancien huissier de justice), un commandement de payer visant cette clause. Deux mois sont laissés au locataire pour tout solder - loyers, charges, intérêts éventuels. Ce délai ne se discute pas. Il est d'ordre public.

Le délai s'écoule sans régularisation ? Le bailleur porte alors l'affaire devant le tribunal judiciaire, par assignation en justice adressée au juge des contentieux de la protection. Et le juge conserve une large marge. Même d'office, il peut octroyer des délais de paiement allant jusqu'à trois ans, avec un plan d'apurement de la dette (article L. 412-3 du Code des procédures civiles d'exécution). Il peut même suspendre les effets de la clause résolutoire - à condition que le locataire démontre sa bonne foi et sa capacité à honorer un échéancier.

En cas de condamnation vient ensuite le commandement de quitter les lieux, délivré par le commissaire de justice. Deux mois encore avant que l'expulsion locative ne devienne exécutable. Sans oublier la trêve hivernale : du 1er novembre au 31 mars, toute expulsion est suspendue, hors quelques exceptions prévues par la loi.

Le bailleur dispose aussi d'une voie plus rapide : l'injonction de payer. Elle débouche sur un titre exécutoire lorsque la créance locative n'est pas sérieusement contestée.

Exemple concret n° 2 : trois mois d'impayés de loyer, soit 3 600 euros. Le commandement de payer est délivré le 1er mars. Avant l'expiration des deux mois, le locataire sollicite le Fonds de solidarité pour le logement (FSL) de son département, qui peut financer l'apurement. Le bailleur, lui, actionne la caution solidaire. Et si une garantie Visale d'Action Logement avait été souscrite, elle couvre les impayés jusqu'à 36 mensualités. Régulariser avant l'échéance du commandement clôt la procédure et neutralise la clause résolutoire.

Congé du bailleur, préavis et droit de préemption

Le congé du bailleur ne peut intervenir qu'à l'échéance du bail, et pour trois motifs uniquement : reprise pour habiter, vente, ou motif légitime et sérieux - un manquement du locataire, le plus souvent. Le congé pour vente répond à ses propres contraintes : notification au moins six mois avant l'échéance, assortie d'une offre de vente au locataire, qui bénéficie alors d'un droit de préemption pendant deux mois.

Pour le locataire qui s'en va, le délai de préavis est de trois mois en logement vide. Il chute à un mois en zone tendue, mais aussi en cas de mutation, de perte d'emploi, de premier emploi ou sur prescription médicale. En meublé, c'est un mois partout, sans condition aucune.

La résiliation du bail peut également émaner du juge, dès lors qu'un manquement grave est caractérisé - qu'il soit du fait du locataire ou du bailleur. Dans tous les cas, la notice d'information annexée au contrat doit rappeler au locataire ses droits et ses recours.

Recours amiables et dispositifs d'aide

Avant le tribunal, il y a souvent une meilleure voie. La commission départementale de conciliation (CDC) connaît des litiges sur les charges, le dépôt de garantie, les clauses abusives ou l'état des lieux. Une procédure gratuite et contradictoire. Pour certains litiges, la saisir constitue même un préalable obligatoire avant d'aller devant le juge.

Autre interlocuteur : le conciliateur de justice, bénévole, qui facilite un accord sur des différends de faible enjeu - troubles du voisinage, troubles de jouissance. Une réduction de loyer négociée pour trouble de jouissance évite ainsi un contentieux long et onéreux.

Plusieurs aides financières s'offrent au locataire en difficulté : les aides au logement (APL, ALF, ALS), le Fonds de solidarité pour le logement, l'avance LOCA-PASS pour le dépôt de garantie, ou la garantie Visale. Quand le surendettement se creuse, la Commission de surendettement peut imposer un moratoire sur la dette locative dans un plan de traitement. Et pour les revenus modestes, l'aide juridictionnelle prend en charge tout ou partie des frais de procédure et d'avocat (plafond révisé chaque année).

L'assurance loyers impayés (GLI - garantie loyers impayés), souscrite par le bailleur, tend un autre filet : si le sinistre survient, l'assureur se substitue au locataire défaillant. Le dossier se gère alors parfois plus souplement que lorsque le bailleur reste seul créancier.

Clauses abusives, sous-location et situations particulières

L'article 4 de la loi du 6 juillet 1989 énumère des clauses abusives réputées non écrites. Autrement dit : inopposables au locataire, même couchées noir sur blanc dans le bail. On y trouve l'obligation de prélèvement automatique du loyer, des pénalités de retard ou frais de retard forfaitaires excessifs, ou encore l'interdiction d'une installation indispensable.

Sous-louer sans l'accord écrit du bailleur n'a rien d'anodin. À elle seule, la sous-location non autorisée peut entraîner la résiliation judiciaire du bail. Quant à la colocation assortie d'une clause de solidarité (ou cautionnement solidaire), sa portée est directe : chaque colocataire répond de l'intégralité du loyer face au bailleur.

Côté bailleur, attention aux raccourcis. Expulser sans titre exécutoire ou en dehors des heures légales, c'est risquer des poursuites pénales et une indemnité d'occupation alourdie. Les sanctions pour expulsion illégale ne pardonnent rien. Et le locataire évincé de la sorte n'est pas sans armes : un référé-provision lui permet d'obtenir rapidement sa réintégration et une provision sur dommages-intérêts.

Reste la question des délais. L'article 2277 du Code civil fixe à trois ans la prescription des actions portant sur les loyers et les charges, le décompte démarrant du jour où le titulaire du droit a connu - ou aurait dû connaître - les faits ouvrant droit à agir. Ce délai de prescription joue dans les deux sens. Il vise les réclamations du bailleur autant que celles du locataire : charges trop perçues, dépôt de garantie à restituer.

Conclusion

En droit français, la protection du locataire s'appuie sur un dispositif dense : la loi du 6 juillet 1989 pour socle, complétée par toute une série de textes spéciaux. Encore faut-il s'en servir - connaître les délais, respecter les formes, identifier les recours à chaque étape. C'est précisément là qu'un avocat en droit immobilier et contentieux locatif change la donne : intervenir tôt, dès la phase amiable, sécurise les droits du locataire, écarte les vices de procédure et pèse sur l'issue devant le tribunal judiciaire. Établi dans le 8e arrondissement de Paris, le Cabinet d'avocats Richard Cohen traite l'ensemble des litiges du bail d'habitation : expulsion, charges locatives, troubles de jouissance.

Questions fréquentes

Quel est le délai légal pour restituer le dépôt de garantie après la fin du bail ?

Le bailleur dispose d'un mois pour restituer le dépôt de garantie si l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée, et de deux mois en cas de divergences. Tout retard entraîne une majoration de 10 % du loyer mensuel par mois de retard commencé, en application de l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989.

Qu'est-ce que la clause résolutoire dans un bail d'habitation ?

La clause résolutoire est une stipulation contractuelle prévoyant la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement du loyer ou des charges. Elle ne peut être mise en œuvre qu'après la délivrance d'un commandement de payer par un commissaire de justice, laissant au locataire un délai de deux mois pour régulariser sa situation. Le juge peut suspendre ses effets si le locataire s'acquitte de sa dette dans ce délai.

La trêve hivernale empêche-t-elle toute expulsion locative ?

La trêve hivernale, qui court du 1er novembre au 31 mars, suspend l'exécution des mesures d'expulsion. Toutefois, elle ne s'applique pas dans tous les cas : les occupants sans droit ni titre dans des logements squattés ou les personnes relogées dans des conditions décentes peuvent en être exclues. Elle n'empêche pas non plus la conduite de la procédure judiciaire, mais uniquement son exécution matérielle.

Comment contester des charges locatives abusives ?

Le locataire peut exiger la communication des pièces justificatives des charges dans un délai d'un mois sur le fondement de l'article 23 de la loi du 6 juillet 1989. En cas de désaccord, il peut saisir la commission départementale de conciliation, puis, si aucun accord n'est trouvé, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire. L'action en remboursement se prescrit par trois ans.

Quelles sont les aides disponibles pour un locataire en difficulté face à des loyers impayés ?

Plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés : le Fonds de solidarité pour le logement (FSL) du département, les aides personnelles au logement (APL, ALF, ALS), la garantie Visale délivrée par Action Logement, et l'avance LOCA-PASS pour le dépôt de garantie. En cas de surendettement, la Commission de surendettement peut imposer un moratoire sur la dette locative. L'aide juridictionnelle permet par ailleurs de financer les frais d'avocat sous conditions de ressources.

Quel est le délai de préavis pour quitter un logement en zone tendue ?

En zone tendue (dont Paris), le délai de préavis du locataire est réduit à un mois pour un logement vide, contre trois mois en zone non tendue. Ce délai réduit s'applique également en cas de mutation professionnelle, de perte d'emploi, de premier emploi ou sur prescription médicale, quelle que soit la zone géographique. Pour un logement meublé, le préavis est d'un mois dans tous les cas.

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Cet article fait partie du dossier Droit des baux d'habitation.

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